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	<title>Précarité &#8211; Le Filet Social | Olivier Kuhn</title>
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	<title>Précarité &#8211; Le Filet Social | Olivier Kuhn</title>
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	<item>
		<title>Les travailleurs sociaux sont tous des maltraitants potentiels</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/les-travailleurs-sociaux-sont-tous-des-maltraitants-potentiels/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 14 Mar 2025 15:33:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Gestion des risques]]></category>
		<category><![CDATA[Éducateur spécialisé]]></category>
		<category><![CDATA[Institution sociale]]></category>
		<category><![CDATA[Précarité]]></category>
		<category><![CDATA[Travailleur social]]></category>
		<category><![CDATA[Violence]]></category>
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					<description><![CDATA[Dans la série « elle est partout mais ne se dit nulle part », la maltraitance doit trôner parmi les premières places dans les organisations du travail social. En effet, il est très rare que des professionnels du social se forment et se diplôment dans l&#8217;intention de nuire à des personnes vulnérables. Le préfixe mal invite aussi [&#8230;]]]></description>
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									<p id="ember2236" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Dans la série « elle est partout mais ne se dit nulle part », la maltraitance doit trôner parmi les premières places dans les organisations du travail social. En effet, il est très rare que des professionnels du social se forment et se diplôment dans l&rsquo;intention de nuire à des personnes vulnérables. Le préfixe mal invite aussi à un certain manichéisme qui ne rend pas service à la cause. Les maltraitants c&rsquo;est facilement les autres, là où il y a des cas extrêmes que relèvent les reportages télés à sensation ou les affaires comme récemment celle qui implique le premier ministre en exercice. Toutefois, à s&rsquo;y pencher de près, définition de la Haute Autorité de Santé dans les mains, nombre de pratiques quotidiennes peuvent être en « feu orange » et le restent assez longtemps.</p><p id="ember2237" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Ainsi en va t&rsquo;il de tous les établissements qui sont trop légers dans l&rsquo;information aux personnes sur leur droits, voir au déni de ceux-ci. Ainsi, même dans une chambre d&rsquo;hébergement dont la personne n&rsquo;a pas de titre de locataire, même dans un collectif, le lieu est considéré par le droit comme « chez lui ». Il s&rsquo;accompagne donc d&rsquo;un droit absolu au respect de l&rsquo;intimité et tout non respect de ce droit pour des prétextes de sécurité ou de contrôle social sans le consentement de la personne ne sont pas permis. Oui c&rsquo;est un chemin plus long de chercher l&rsquo;adhésion et cela demande une remise en question qui n&rsquo;est pas toujours simple.</p><p id="ember2238" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Dans un registre proche, les menaces de sanction ou d&rsquo;abandon, d&rsquo;exclusion dans une situation asymétrique d&rsquo;accompagnement sont observés dans de nombreuses situations. Lorsque la relation d&rsquo;accompagnement ne se fonde pas dans une relative confiance, est-ce à la personne hébergée de subir une pression pour des raisons de « non adhésion » ? N&rsquo;y a t&rsquo;il aucune autre solution ?</p><p id="ember2239" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Et la sanction ? Parlons en, l&rsquo;absence de sanctions peut être maltraitant, tout comme des sanctions inadaptées fondées sur de l&rsquo;arbitraire (comment est définie la non adhésion précisément ? A partir de quelle limite un comportement est violent ou agressif, non respectueux ?)</p><p id="ember2240" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Toutes ces limites sont plutôt dans le registre psychologique, mais nous pourrions aussi aborder les maltraitances dans la catégorie des négligences ou abandons. Les référentiels de la HAS invitent par exemple à se pencher sur le cas de « l&rsquo;absence de recherche de relais ou de continuité d’intervention suite à un départ ou rupture d’intervention »</p><p id="ember2241" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Enfin, l&rsquo;exposition à un environnement violent est aussi un critère de maltraitance, les recommandations de l&rsquo;autorité d&rsquo;évaluation invitant les institutions à mettre en place des modes de régulation de celle-ci dans leurs pratiques.</p><p id="ember2242" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Ainsi, évaluation de la qualité des prestations, mieux-être au travail, prévention des risques psycho-sociaux, moins d&rsquo;absentéisme et de rotation d&rsquo;effectifs sont des notions profondément liées. Les recommandations de la HAS oublient toutefois le registre systémique, générateur lui aussi de violence comme par exemple : mise à la rue après un placement, sortie sèche d&rsquo;incarcération sans solution, insuffisance de réponse positives aux appels au 115, OQTF&#8230; c&rsquo;est le registre ou seule notre mobilisation peut contribuer à changer les choses.</p><p id="ember2243" class="ember-view reader-text-block__paragraph">La première responsabilité des terrains professionnel et de ses acteurs est au moins de sortir du déni, se dire que cela peut arriver à tout le monde. Sans jugement, mais avec sérieux. Les contradictions des institutions « totales » ont bien été démontrées par Goffman, particulièrement les tensions entre le prendre soin et les impératifs de sécurité et de contrôle social. Entre bientraitance et maltraitance (qui ne sont pourtant pas des termes contraires) il y a une palette avec une infinité de situations où doivent s&rsquo;engager des réflexions éthiques, des pratiques de changement, des formations, des modifications de cadre. Il en va aussi de l&rsquo;avenir du travail social.</p>								</div>
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									<p><strong>Bibliographie :</strong></p><p><a href="https://www.has-sante.fr/jcms/p_3549483/fr/bientraitance-et-gestion-des-signaux-de-maltraitance-en-etablissement-mise-en-oeuvre-en-milieu-sanitaire-medico-social-et-social-personnes-majeures">Recommandations de la HAS</a> </p><p>Frédéric Mennrath : Violences en institution, bientraitance en situation, PUG, 2019, 248p.</p><p>Erving Gofman : Asiles, Les éditions de minuit, 1968, 452p.</p>								</div>
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		<title>Les deux mesures du temps dans l&#8217;accompagnement social</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/les-deux-mesures-du-temps-dans-laccompagnement-social/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Feb 2025 15:26:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement - Logement]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement]]></category>
		<category><![CDATA[Institution sociale]]></category>
		<category><![CDATA[Logement]]></category>
		<category><![CDATA[Précarité]]></category>
		<category><![CDATA[Travailleur social]]></category>
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					<description><![CDATA[Il est d&#8217;un constat largement partagé, qui a aussi été le cœur du mémoire de Master que j&#8217;ai écrit en 2018 : les différence de perception du temps entre les institutions et les personnes accompagnées. Le contexte est l&#8217;accompagnement des personnes en situation de précarité et de l&#8217;observation des rythmes imposés par l&#8217;institution, de certains [&#8230;]]]></description>
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									<p id="ember1631" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Il est d&rsquo;un constat largement partagé, qui a aussi été le cœur du mémoire de Master que j&rsquo;ai écrit en 2018 : les différence de perception du temps entre les institutions et les personnes accompagnées. Le contexte est l&rsquo;accompagnement des personnes en situation de précarité et de l&rsquo;observation des rythmes imposés par l&rsquo;institution, de certains désirs projetés dans lesquels j&rsquo;ai pu moi-même tomber. L&rsquo;un des auteurs qui m&rsquo;a éclairé est Michel De Certeau et principalement son ouvrage « L&rsquo;invention du quotidien : les arts de faire ». Dans cet ouvrage qui peut paraître parfois un peu ardu, il y a une partie consacrée au temps et à sa perception. Une bonne image qu&rsquo;il en donne est l&rsquo;existence chez les grecs anciens de deux dieux qui représentent le temps. Chronos, l&rsquo;un des Titans et dieux les plus importants de la mythologie représente le temps qui passe, les jours, les heures et cela jusqu&rsquo;à la mort. Kairos lui, est le dieu du temps dans l&rsquo;instant présent, faire le bon acte au bon moment, saisir l&rsquo;opportunité. Le temps des artistes et ceux qui cherchent l&rsquo;inspiration. Ces deux représentations sont attachées à deux attitudes dans les relations sociales. Chronos est associé aux <em>stratégies. « La stratégie est le calcul ou la manipulation des rapports de forces qui devient possible à partir du moment où un sujet de vouloir et de pouvoir (une entreprise, une armée, une cité, une institution scientifique) est isolable. Elle postule un lieu susceptible d&rsquo;être circonscrit comme un propre et d&rsquo;être la base d&rsquo;où gérer les relations&#8230; » </em>En bref, c&rsquo;est le fameux cadre que propose toute institution sociale avec son lot d&rsquo;outils en commençant par le projet de service jusqu&rsquo;au règlement de fonctionnement imposé aux personnes accompagnées. Face à cela, Kairos est associé aux <em>tactiques</em>, mise en contournement des règles et normes pour obtenir un avantage bénéfique. <em>« Les tactiques sont un art du faible qui lui permet de composer avec un environnement contraint ». </em>Tout l&rsquo;objectif de la tactique est d&rsquo;attendre une « occasion » pour tenter un « coup ».</p><p id="ember1632" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Dans ce contexte, nous sommes tous peu ou prou confrontés parfois aux stratégies, parfois aux tactiques, sans forcément conscientiser les actes. Pourquoi alors cette différence est-elle si impactante pour les personnes en situation de précarité ?</p><p id="ember1633" class="ember-view reader-text-block__paragraph">La raison est à chercher dans la forme de socialisation que vivent les personnes en situation de précarité, encore plus particulièrement lorsqu&rsquo;elles fréquentent la rue. Nous sommes tous socialisés par notre entourage, nous devons nous adapter à nos milieux (familiaux, professionnels, électifs dans nos loisirs&#8230;) pour pouvoir nous y maintenir. La pratique de la survie à la rue demande l&rsquo;acquisition de compétences, dont la maitrise du Kairos est une donnée indispensable. Didier, une des personnes interrogées m&rsquo;expliquait comment certains jours de manche, il obtenait beaucoup de bénéfices. Il me racontât le jeune étudiant qui avait prévu une soirée où beaucoup s&rsquo;étaient désistés et qui lui a apporté 4 pizzas qu&rsquo;il a pu partager avec d&rsquo;autres « mecs en galère ». Et aussi les jours sans où la météo ou un mauvais contexte pouvais rendre la journée difficile. Les tactiques pour trouver un coin où dormir à l&rsquo;abri sans déranger. Celles pour récupérer des biens auprès d&rsquo;associations caritatives pour faire des trocs avec d&rsquo;autres.</p><p id="ember1634" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Cet apprentissage de la débrouille et de l&rsquo;incertitude liée à la situation interdit aux personnes de se projeter avec sérieux dans l&rsquo;avenir. Ce serait une véritable dissonance cognitive que d&rsquo;imaginer un ailleurs alors que le quotidien est composé d&rsquo;incertitudes aussi importantes, de déceptions passées et de méfiance généralisée envers les institutions. C&rsquo;est là tout le problème lors de la confrontation entre ces habitudes de vie et les rythmes très normés des institutions. Horaires, lieux permis et interdits, rapports à l&rsquo;attente, l&rsquo;institution produit autant d&rsquo;accélérations que de ralentissements. Didier m&rsquo;avait une fois dit qu&rsquo;il avait l&rsquo;impression que je le « catapultais » et en même temps certaines démarches comme l&rsquo;attribution d&rsquo;un logement demande un temps si long et imperceptible alors qu&rsquo;il est toujours énoncé en objectif. La sociologue Maryse Bresson nous précise « La démarche de projet repose sur des implicites inadaptés aux problèmes des populations. Le problème des précaires n&rsquo;est pas de manquer de projet, mais plutôt de ne pas pouvoir se conformer au modèle « normal » de cycle de vie qui implique une progression entre les âges et une progression de carrière ». Pour elle, il y a trois marqueurs de temps pour les personnes précaires : elles sont dans des <em>entre-deux </em>et des <em>attentes</em>, elles sont <em>instables</em> et voguent dans des univers <em>multi-contraints</em>.</p><p id="ember1635" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Ces constats nous invitent à plusieurs constats :</p><ul><li>La nécessité d&rsquo;aller vers des formes d&rsquo;accompagnement directement en logement, afin de réduire la pression des contraintes qui produit peu de résultats (voir les taux de retour à la rue importants en centres d&rsquo;hébergement de stabilisation)</li><li>Voir les tactiques comme des compétences et non uniquement de manière négative. Elles sont des adaptations nécessaires au vécu des personnes</li><li>Relativiser la bonne tenue de nos stratégies institutionnelles. Oui bien entendu les institutions sont soumises à évaluation et doivent rendre des comptes aux financeurs, mais la façon de rendre compte des réalités du terrain est alors à repenser. Nous avons raison de nous plaindre de la politique du chiffre, mais que proposons nous de différent pour mettre en avant le travail réalisé ?</li><li>Dans les collectifs, renoncer à l&rsquo;institution asilaire qui souhaite tout contrôler et reconnaitre la tactique en l&rsquo;inscrivant dans le quotidien tout en respectant un cadre minimal de sécurité</li></ul><p id="ember1638" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Je terminerai par cette maxime de la philosophe Simone Weil <em>« Toutes les tragédies reviennent à une seule et unique tragédie : l&rsquo;écoulement du temps ». </em>A défaut de pouvoir révolutionner nos positions respectives<em>, </em>sachons faire la moitié du chemin pour permettre aux personnes de se maintenir en faisant leur part.</p>								</div>
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									<p><strong>Bibliographie :</strong></p><p>Michel De Certeau, L&rsquo;invention du quotidien 1. arts de faire, Folio essais</p><p>Maryse Bresson, Le temps des précaires : paradoxes et enjeux dans Le temps dans les sciences sociales. Temporalités plurielles et défis de la mesure, Paris, Khartala.</p><p>Simone Weil, Leçons de philosophie, Plon</p>								</div>
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		<title>Ce que me dit le parcours exemplaire de Marcel</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/ce-que-me-dit-le-parcours-exemplaire-de-marcel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Dec 2024 15:20:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement - Logement]]></category>
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					<description><![CDATA[Ce n&#8217;est pas si courant en tant que travailleur social, de revoir des années après une personne que l&#8217;on a accompagné en tant que « référent » pendant un moment charnière de sa vie. Les dispositifs sont ainsi faits, les gens sont de passage et dans une grande ville, on les laisse en espérant que leur parcours [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="1196" class="elementor elementor-1196">
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									<p id="ember1025" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Ce n&rsquo;est pas si courant en tant que travailleur social, de revoir des années après une personne que l&rsquo;on a accompagné en tant que « référent » pendant un moment charnière de sa vie. Les dispositifs sont ainsi faits, les gens sont de passage et dans une grande ville, on les laisse en espérant que leur parcours se poursuit sans trop de heurts.</p><p id="ember1026" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Marcel (qui est un nom factice évidemment) avait une place particulière puisqu&rsquo;en plus d&rsquo;être une personne accompagnée en « hébergement de stabilisation », il avait contribué à mon mémoire de master de sociologie et intervention sociale écrit en 2018. Dans ce travail, onze personnes interrogées par entretiens semi-directifs étaient d&rsquo;anciens hébergés accompagnés par des collègues et sortis une année auparavant. Trois autres personnes étaient accompagnées par moi et avec leur accord, j&rsquo;ai intégré de nombreux échanges et les « point tournants » de leurs parcours, mêlant biographie et « participation observante ». Marcel faisait partie de ces trois contributeurs.</p><p id="ember1027" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Pour faire un bref résumé, il est issu d&rsquo;une famille alsacienne sans soucis majeurs, mais des mésententes et conflits l&rsquo;ont conduit à une séparation avec eux lors de l&rsquo;entrée à l&rsquo;âge adulte. Il choisit de quitter le cocon et aussi la région. Il partit en Nouvelle Calédonie et là-bas, rencontra et épousa une femme de la communauté kanake avec qui il a eu deux enfants (âgés à l&rsquo;époque de 15 et 12 ans). La rupture intervient en 2016 à la suite d&rsquo;une incarcération et des conflits récurrents avec le clan de son épouse à propos du devenir des enfants. Il est contraint de quitter l&rsquo;île et de revenir en métropole, à Strasbourg, où une tante l&rsquo;accueille temporairement. Il souffre d&rsquo;une maladie psychique que je ne saurai pas classifier et dont je ne sais pas non plus depuis quand elle l&rsquo;affecte. Mais ces éléments, bien qu&rsquo;explicatifs des problèmes que vivait Marcel, n&rsquo;ont pas été centraux pour la thématique de mon mémoire.</p><p id="ember1028" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Quoi qu&rsquo;il en soit, mon organisation a proposé à Marcel une place dans une unité qu&rsquo;une résidence Adoma nous avait mis à disposition. Une petite chambre de 10m², des sanitaires et espaces de douches ainsi que la cuisine à partager avec 16 autres hommes. Le bâtiment était ancien et pas encore rénové. L&rsquo;environnement et la promiscuité ont certainement été des freins pour une évolution plus adaptée de sa situation. Du fait d&rsquo;une inconstance dans la prise de ses traitements, j&rsquo;ai assisté à des phases de crises aigües, des débordements émotionnels de colère ou de tristesse, des échanges verbaux parfois incohérents. Pourtant, du fait de partenariats avec les services de psychiatrie, d&rsquo;un gros travail relationnel pour laisser ses expressions débordantes pour ce qu&rsquo;elles sont, d&rsquo;un investissement sans faille pour que Marcel puisse bénéficier d&rsquo;un meilleur environnement, il finit par trouver un logement chez un bailleur social un an et demi plus tard. Après une phase de tuilage assez rapide le temps de l&rsquo;accompagner dans l&rsquo;ouverture de ses droits, c&rsquo;était le moment de lui dire au revoir et bonne route, comme tant d&rsquo;autres avant et après lui.</p><p id="ember1029" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Comme beaucoup d&rsquo;autres personnes accompagnées pendant ces quinze ans de carrière, il m&rsquo;arrivait parfois de penser à lui. D&rsquo;avantage certains « suivis » que d&rsquo;autres, lorsque le lien d&rsquo;accompagnement a demandé une adaptation de la posture professionnelle. J&rsquo;ai aussi ce sentiment d&rsquo;avoir autant appris des personnes qu&rsquo;eux ont bénéficiées de mon travail. Dans le cas de Marcel, je me souviens notamment de ces nombreux échanges à propos de son pays d&rsquo;adoption, île au contexte au combien atypique. Je mesurais et lui reflétait combien cela montrait une grande force de s&rsquo;intégrer dans une terre lointaine, au milieu d&rsquo;une communauté autochtone, surtout lorsqu&rsquo;on vient du pays colonisateur. J&rsquo;ai notamment pensé à lui pendant le covid, s&rsquo;il était toujours dans le même appartement, sous les combles au sixième étage dans un vieil immeuble, si sa tante, seul lien familial encore intacte était toujours là pour le soutenir.</p><p id="ember1030" class="ember-view reader-text-block__paragraph">J&rsquo;ai eu plaisir à revoir Marcel lors de l&rsquo;hommage annuel rendu par l&rsquo;association « les morts de la rue » le 1er novembre dernier. Il était venu car une connaissance était décédée dans l&rsquo;année. Lors de cet échange, j&rsquo;appris que Marcel était toujours dans son logement, que ses enfants lui manquent toujours mais qu&rsquo;il garde des liens grâce à Internet. Il s&rsquo;est reconstruit une vie autour de ce lieu. Pas trop éloigné d&rsquo;une association locale qui dispose d&rsquo;un restaurant social, il s&rsquo;y rends tous les jours pour bénéficier des repas à prix réduits et des liens sociaux du lieu. Il se rends au CMP se son secteur où l&rsquo;assistante sociale l&rsquo;aide pour les démarches administratives comme son entrée prochaine dans les droits de la retraite.</p><p id="ember1031" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Ce parcours m&rsquo;inspire plusieurs réflexions, le première est que pour des situations comme celle-ci, le logement d&rsquo;abord est une solution adaptée. Bénéficiaire de l&rsquo;AAH du fait de sa maladie psychique, si les dispositifs avaient existé à l&rsquo;époque (et avec de la place au moment de sa demande) cela aurait évité certaines crises qui auraient pu le mettre en danger. (Je me souviens notamment de cet épisode où il prenait des risques importants en moto alors qu&rsquo;il n&rsquo;était pas du tout stabilisé par son traitement). Il faut penser l&rsquo;accompagnement autour d&rsquo;un environnement, comme Marcel a su le faire, avec les lieux de socialisation, les lieux d&rsquo;accompagnement.</p><p id="ember1032" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Ma deuxième réflexion est à propos des compétences des personnes. Bien que j&rsquo;ai toujours pris conscience que les personnes que j&rsquo;accompagne ont des compétences, je me rends compte que je garde un fonctionnement un peu paternaliste. Comme si mon travail ou celui d&rsquo;un autre professionnel du social leur était absolument indispensable pour trouver une stabilité. Si je peux me réjouir d&rsquo;avoir contribué au parcours exemplaire de Marcel, son histoire m&rsquo;invite à l&rsquo;humilité. Au final, ne devons-nous pas complètement nous détacher de l&rsquo;idée de « réussite » ? Son savoir expérienciel n&rsquo;a t&rsquo;il pas été plus important que mon action dans la relative stabilité de sa trajectoire de vie ?</p>								</div>
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		<title>Sois autonome&#8230;et tais-toi ?</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/sois-autonome-et-tais-toi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 31 Oct 2024 15:03:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Autonomie]]></category>
		<category><![CDATA[Institution sociale]]></category>
		<category><![CDATA[Minimas sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Précarité]]></category>
		<category><![CDATA[Travailleur social]]></category>
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									<p>L’autonomie fait partie de ces mots valises utilisés dans le travail social, au point où ils en perdent leur sens. C’est aussi la principale norme à laquelle se référer dans les politiques sociales à partir de la fin des années 90/début des années 2000. Ce terme est également le reflet d’une évolution, de la fin de l’état providence. Alors qu’auparavant, l’Etat adoptait encore en partie les principes du solidarisme, ce qui a valu par exemple la création du RMI en 1988, il n’en est plus de même ces dernières décennies. Sous la pression de citoyens moins enclins à partager le fruit de leur travail avec les « plus démunis », les aides sont de plus en plus conditionnées. Aux droits sont associés des devoirs, des engagements. C’est dans ce cadre que l’autonomie prend toute sa place. Face aux impossibilités structurelles de certains citoyens à se conformer au marché de l’emploi, il faut bien trouver d’autres devoirs à engager en échange des droits. L’évolution de la gestion du RMI/RSA en est l’exemple avec une individualisation croissante des contrats. Cela place le travailleur social à une position clé, cela lui donne un pouvoir important : celui d’ouvrir ou fermer un revenu minimum en fonction de l’appréciation qu’il aura de la situation. L’autonomie est donc le gage, la règle du jeu des interactions travailleur social/bénéficiaire. Prenant appui sur les recherches de Nicolas Duvoux, les « usagers » réagissent différemment face à cette norme. Ils l’acceptent et s’y conforment, ils jouent avec ou la refusent. En d’autres termes, ils acceptent ou non le stigmate associé à ce contexte normatif et son corollaire.</p><p>C’est la même dynamique qui s’installe dans les associations dont la mission est d’insérer des personnes exclues du logement. Là, le pouvoir des institutions et des travailleurs sociaux réside dans le fait de renvoyer une personne à la rue en lui faisant endosser l’entière responsabilité de la situation. Les CHRS, les différents types d’accompagnements plus ou moins intenses en places intermédiaires, visent tous un alignement avec cette norme d’autonomie. A défaut d’accès à l’emploi qui permet l’accès au logement, la « levée des freins » se loge dans les détails des trajectoires de vie. Pour l’un, ce sera son hyper émotivité qui nuira à son installation dans un environnement plein de stress comme celui de l’emploi professionnel. Pour un autre, ce sera son manque de confiance qui le découragera face aux refus nombreux des employeurs. Le travailleur social ne peut pas échapper à cette place centrale, la question est de savoir ce qu’il va bien vouloir en faire.</p><p>Dans l’actualité un certain regard nous invite au pessimisme, avec l’arrivée programmée d’un RSA conditionné à des heures d’activités. La crainte est de renforcer encore ce contrôle des pauvres par la norme d’autonomie. Il est vrai que cette nouvelle est inquiétante et provoquerait un choc. Selon les premiers retours de l’expérimentation : hausse du non recours aux droits, travail déguisé, accès à l’emploi en rien facilité.</p><p>Cependant, d’autres signes montrent aussi que des voies d’émancipation se créent pour les bénéficiaires. Le terme d’autonomie a été récemment remplacé dans plusieurs recommandations de la Haute Autorité de Santé par le terme d’auto-détermination. Avec d’autres termes en vogue come l’empowerment, le développement du pouvoir d’agir, ils constituent la base d’un nouveau positionnement éthique pour les intervenants sociaux. Ils permettent surtout aux bénéficiaires de faire valoir leurs droits et de poser des arguments contre les injonctions qui leur seront faites. Le bénéficiaire est certes toujours au centre, mais le flou et l’espace de liberté réside dans le contenu de la norme qui lui sera appliquée. Les établissements qui doivent se conformer au cadre de la loi du 2 janvier 2002 sont en mouvement vers ces objectifs, garantir le droit des personnes, chercher leur adhésion, les informer, les inclure dans les décisions les concernant.</p><p>La nouvelle loi à venir méconnaît fondamentalement la situation des bénéficiaires du RSA. Certes ils ne sont pas dans l’emploi pour diverses raisons, mais ils ne sont pas pour autant inactifs. La question des activités hors emploi se pose. Par exemple pour certaines personnes désignées comme « grands précaires » l’activité de manche est considérée comme un travail. Elle apporte un supplément de revenus mais surtout elle inscrit la personne dans un lien. Reconnaissance, échanges, aide ponctuelle, le tout avec une liberté d’aller ou ne pas aller sur son point de manche qu’un employeur ne pourrait pas laisser à son employé. Elle apporte les mêmes satisfactions qu’un employé. Il en est de même pour d’autres activités comme le travail informel à petite échelle, le bénévolat, la garde d’enfants, les échanges de services.</p><p>Pour d’autres bénéficiaires dont l’état de santé physique et psychique est insuffisant pour être reconnu en handicap mais quand même un vrai souci pour l’accès à un emploi, entrer dans un processus de soin est déjà une activité régulière.</p><p>Toutes ces questions nous responsabilisent en tant que travailleurs sociaux. A quel point accepterons-nous de mettre en application des directives injustes et irrespectueuses des droits des bénéficiaires de l’aide sociale ? Les règlements et le cadre existe pour poser des limites à travers les recommandations de la HAS. L’Etat semble parfois se déjuger lui-même, à valider des mesures qui paraissent plus contraignantes alors que de l’autre côté toutes les directives semblent aller dans le sens d’une amélioration des droits.</p><p>La place de l’éthique des intervenants sociaux est donc centrale. Sans notre profession, impossible pour l’Etat de mettre en place ses mesures plus coercitives. Nous sommes au milieu d’un paradoxe. Un élan nous pousse vers le renforcement des droits des personnes en nous appuyant sur les recommandations d’un système qui se vit émancipateur. Un autre élan nous pousse à renforcer le contrôle social sur les populations les plus précaires pour les « sortir de l’assistanat » et plaire à une frange de l’électorat. Sachons donc faire l’expérience de l’autonomie et ne pas laisser les nouveaux termes : autodétermination, pouvoir d’agir, empowerment être vidées à leur tour de leur sens.</p>								</div>
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									<p><strong>Bibliographie :</strong></p><p>Nicolas Duvoux, « l’autonomie des assistés », PUF, 2009</p><p>Pierre Rosanvallon, « la crise de l’Etat-providence », Seuil, 2015</p><p><a href="https://www.has-sante.fr/jcms/p_3491702/fr/l-accompagnement-vers-et-dans-l-habitat-par-les-professionnels-des-essms-volet-1-socle-transversal">Recommandations de la HAS en matière d’habitat</a></p>								</div>
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