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	<title>Jeunes adultes &#8211; Le Filet Social | Olivier Kuhn</title>
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	<title>Jeunes adultes &#8211; Le Filet Social | Olivier Kuhn</title>
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		<title>Construire une relation de confiance dans l&#8217;accompagnement social en tenant compte des ruptures</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/construire-une-relation-de-confiance-dans-laccompagnement-social/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 May 2025 15:46:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Accompagnement]]></category>
		<category><![CDATA[Institution sociale]]></category>
		<category><![CDATA[Jeunes adultes]]></category>
		<category><![CDATA[Relation de confiance]]></category>
		<category><![CDATA[Travailleur social]]></category>
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									<p id="ember3446" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Les compétences relationnelles sont l’une des composantes essentielles que doit acquérir le travailleur social. Si certains aspects sont enseignés en formation initiale, une bonne part vient des expériences de terrain après avoir pu mesurer l’impact des interactions quotidiennes avec le public accompagné. Dans mon expérience avec des jeunes âgés de 18 à 25 ans ayant des parcours de rue, j’ai beaucoup appris sur le relationnel lorsque leurs vies sont marquées de ruptures voir de traumatismes.</p><p id="ember3447" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Dans mon parcours précédent de travailleur social, j&rsquo;ai longtemps accompagné en hébergements diffus. Dans ce cadre, la relation d&rsquo;accompagnement était majoritairement formelle : rendez-vous au bureau, rendez-vous pour des visites à domicile. Dans cette nouvelle expérience en tant que cadre intermédiaire, j&rsquo;ai pu mesurer l&rsquo;importance des temps informels pour permettre une remobilisation. Je m&rsquo;appuierai notamment sur les écrits d&rsquo;Anthony Giddens pour saisir la base de la confiance, notion indispensable à tout travail d&rsquo;accompagnement social.</p><p id="ember3448" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Le service avait pour objectif d&rsquo;offrir une solution aux nombreux jeunes âgés de 18 à 25ans, souvent sans revenus et exclus des systèmes d&rsquo;hébergements classiques. Ayant connu la plupart du temps des parcours de placements dans l&rsquo;enfance, selon les situations ils étaient entre une relation d&rsquo;assistance caractérisé par l&rsquo;assistanat (relation régulière et contractuelle) ou par la marginalité (relation infra-assistancielle), pour reprendre les classifications de Serge Paugam[1]. Le mis à disposition pour cette mission était un ancien Foyer d&rsquo;Action Educative avec un espace restreint, le choix avait été fait de transformer une chambre en bureau d’accueil quasi permanent. Au fil du temps, ce bureau est devenu le lieu des plaintes, des « coups de gueules ». Le lieu où les jeunes venaient canaliser leurs émotions et chercher une écoute bienveillante et non jugeante. L&rsquo;ont-ils toujours eu ?</p><p id="ember3449" class="ember-view reader-text-block__paragraph"><strong> Les conseils ne sont pas toujours bienvenus</strong></p><p id="ember3450" class="ember-view reader-text-block__paragraph">J’ai observé des situations où le positionnement professionnel des travailleurs sociaux repose sur de nombreuses déformations (je m’inclus dans ce constat). L&rsquo;une d&rsquo;entre elles est de vouloir trop souvent donner des conseils, alors qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas été demandés. Sans partir d&rsquo;une mauvaise intension, ces habitudes sont plus le reflet de la projection du travailleur social que la réelle volonté des bénéficiaires. Ces habitudes créent une frontière entre celui qui a le savoir et celui qui ne l&rsquo;a pas, une relation au pouvoir déséquilibré. J&rsquo;ai vu des collaborateurs être mis à l&rsquo;épreuve par les jeunes. Ceux-ci ont trop connu ces injonctions au projet, ces activations du quotidien[2] aussi à l&rsquo;origine de leur mise à distance des organismes d&rsquo;insertion vers l&#8217;emploi. J&rsquo;ai observé que la relation de confiance se tissait davantage avec les intervenants qui se gardaient de tout jugement sur les choix des jeunes dans les évènements qu&rsquo;ils vivent. Ainsi, poursuivre ou arrêter une expérience professionnelle naissante pour certains jeunes devait être entendu comme une expérience de choix, sans jugement. Une crise de colère verbale contre un Conseiller Pénitentiaire d&rsquo;Insertion et de Probation devait être entendue et acceptée, au travailleur social de proposer un compromis pour canaliser le conflit sans juger le ressenti du jeune.</p><p id="ember3451" class="ember-view reader-text-block__paragraph"><strong>Il est plus facile de faire confiance à une personne qu’au représentant d’une institution</strong></p><p id="ember3452" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Le sociologue Anthony Giddens nous explicite le fondement de cette relation de confiance tissée. Il l&rsquo;estime essentielle dans le contexte de la modernité pour faire face à des systèmes abstraits éloignés dans l&rsquo;espace et dans le temps, telles les nombreuses institutions présentes dans nos quotidiens. Je tente d&rsquo;appliquer sa théorie à mon expérience vécue pour comprendre la mise en place de la confiance dans un contexte d&rsquo;insécurité ontologique. Pour lui en effet, la base de la confiance se construit dans la prime enfance en s’appuyant sur la sécurité ontologique. Or, la plupart des jeunes accueillis furent placés dans l&rsquo;enfance et n&rsquo;ont pas pu se fonder sur un cadre familial sécurisant pour bâtir leur relation à la confiance. Ce qu&rsquo;ont vécu ces jeunes du fait de leurs fragilités entraine une méfiance importante, une insécurité ontologique. Giddens distingue la confiance-système et la confiance-personne. Je constate que la confiance due aux systèmes est quasiment absente, du fait de la distance vécue par les jeunes vis à vis des institutions et du ressenti essentiellement négatif qu&rsquo;elles ont sur leur expérience de vie. D&rsquo;autant plus lorsqu&rsquo;ils comprennent que les institutions de la protection de l&rsquo;enfance les ont laissé sans solution viable à l&rsquo;entrée de l&rsquo;âge adulte. Ainsi par exemple, je fais l&rsquo;hypothèse qu’une persévérance des pratiques de fraude dans les transports en communs, alors qu&rsquo;un tarif à très bas coût leur est proposé par la collectivité, vient en partie de cette distance avec le système abstrait que représente la Compagnie des Transports Strasbourgeois.</p><p id="ember3453" class="ember-view reader-text-block__paragraph">La confiance-personne quant à elle est possible, les travailleurs sociaux des accueils de jour ou de la prévention spécialisée ont installé cette relation avant qu&rsquo;ils n&rsquo;intègrent le dispositif. Pourquoi ne se transfère-t-elle pas simplement à d&rsquo;autres professionnels ? Probablement parce que malgré leur volonté de vouloir bien faire, les travailleurs sociaux ne se placent plus toujours en tiers dans les évènements que vivent les jeunes, mais parfois de manière frontale. Ils cherchent à influencer le parcours du jeune en dispensant des conseils avec plus ou moins d&rsquo;insistance dans le but de « réussir un travail d&rsquo;insertion ». Ils entrainent une levée de la méfiance chez les personnes concernées qui conduit à un flétrissement, voire une rupture du lien. Evitements, demandes pour « changer de référent », demandes d’une aide à un intervenant social extérieur à l&rsquo;organisation, passages à l&rsquo;acte avec début d&rsquo;agressivité sont autant de marques de cette distance qui s&rsquo;installe.</p><p id="ember3454" class="ember-view reader-text-block__paragraph"><strong>Comment faire confiance aux autres si on doute de soi ?</strong></p><p id="ember3455" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Les intervenants doivent prendre en compte les nombreux traumatismes vécus dans l&rsquo;enfance par la plupart des jeunes de ce dispositif. Ainsi, en s&rsquo;appuyant sur les œuvres du psychologue Erik Eriksson, Giddens précise que<em>« la confiance n&rsquo;implique pas seulement que l&rsquo;on a appris à compter sur l&rsquo;identité et la continuité des pourvoyeurs extérieurs, mais également que l&rsquo;on peut se faire personnellement confiance. La confiance envers les autres se développe conjointement à la formation d&rsquo;un sentiment intérieur d&rsquo;être digne de confiance, qui constitue la base d&rsquo;une auto-identité ultérieure stable »</em><strong><em>[3]</em></strong> . La confiance-personne pour des jeunes qui se sont construits à partir d&rsquo;une insécurité ontologique est constamment testée. La question de la légitimité accordée dans la relation se basera sur le positionnement du professionnel face à ce que vit le jeune. Si ce lien de confiance ne se construit pas, la relation d&rsquo;accompagnement devient déséquilibrée et peut aller jusqu&rsquo;à une volonté de prise de pouvoir du travailleur social au détriment de la personne concernée.</p><p id="ember3457" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Pour poursuivre avec Giddens, dans sa théorie la sécurité ontologique nous permet d&rsquo;être dans la réflexivité, attitude nécessaire dans le quotidien du monde moderne, surtout face aux risques. Concernant ces publics avec un vécu de précarité sociale, dans leur existence les discontinuités prennent plus de place que les continuités[4]. Le besoin de se préserver des multiples risques est donc important. C&rsquo;est là que nous pouvons replacer le rôle des intervenants sociaux. Être des médiateurs dans la réflexivité que vivent ces jeunes face aux risques de leur parcours de vie, le tout en prenant compte de leur insécurité ontologique. <em>« Est toujours présente dans la notion de confiance l&rsquo;idée de pouvoir compter sur quelque chose face à certaines contingences, que ces dernières soient dues aux actions d&rsquo;êtres humains ou au fonctionnement de systèmes</em><strong><em>[5]</em></strong><em> »</em>. Dès lors, comment les institutions peuvent-elles permettre la meilleure expression de cette confiance pour adapter leur accompagnement ?</p><p id="ember3458" class="ember-view reader-text-block__paragraph"><strong>Redonner une place aux espaces l’informels pour venir « vider son sac »</strong></p><p id="ember3459" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Mes observations du quotidien ont montré que les entretiens dans un cadre formel, heure et lieu défini, ne suffisent pas à poser ce cadre bienveillant nécessaire à l&rsquo;accompagnement d&rsquo;un public fragilisé. Être présent dans les épreuves du quotidien demande une disponibilité dans le temps et dans l&rsquo;espace. Le bureau d&rsquo;accueil du dispositif, s&rsquo;il a parfois manqué de cadre confidentiel, a par contre permis aux jeunes de « vider leur sac » lorsque le quotidien était trop lourd. Je note que pour la plupart d&rsquo;entre eux, réorientés dans d&rsquo;autres dispositifs ou accédant à un logement à la fin de l’expérimentation, ils en sont sortis dans de meilleures dispositions qu&rsquo;en arrivant.</p><p id="ember3460" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Les orientations actuelles des politiques sociales vers le logement d&rsquo;abord vont dans le bon sens. Le statut d&rsquo;hébergé temporaire limite la possibilité pour les publics accompagnés dans l&rsquo;Accueil Hébergement Insertion de s&rsquo;appuyer sur leur pouvoir d&rsquo;agir et leur chez-soi pour construire leur parcours. Cependant, il ne faudrait pas que les services sociaux, agissant de plus en plus à domicile, technicisent à outrance l&rsquo;intervention sociale. Les publics fragilisés ont besoin de lieux de décharges émotionnelles. Des lieux d&rsquo;écoute bienveillante et non jugeante disponibles aisément et sans rendez-vous préalables, sans formalités. Ces lieux sont nécessaires pour accompagner la réflexivité des publics face aux nombreux risques qu&rsquo;ils vivent dans leur exitance marquée de ruptures importantes et impactantes. Développer des accueils de jour de proximité, créer de la disponibilité, organiser la rencontre, permettront de mieux prévenir le risque de rechute. Le travailleur social sera aussi plus à même de retrouver une place ajustée, au côté des personnes et ce qu&rsquo;elles vivent et non plus en face comme agents d&rsquo;un contrôle social. Le métier n&rsquo;en sera que plus valorisé.</p>								</div>
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									<p><strong>Bibliographie :</strong></p><p>[1]Serge Paugam, la disqualification sociale, PUF, 2009, 288p.</p><p>[2]Isabelle Astier, les nouvelles règles du social, PUF, 2007, 208p.</p><p>[3]Anthony Giddens, les conséquences de ma modernité, L’Harmattan, 2016, p100.</p><p>[4]Patrick Cingolani, la précarité, 2006, 128p.</p><p>[5]Anthony Giddens, Ibid p 40</p>								</div>
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		<title>Eduquer et s&#8217;auto-éduquer face aux écrans</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/eduquer-et-sauto-eduquer-face-aux-ecrans/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Apr 2025 15:40:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Gestion des risques]]></category>
		<category><![CDATA[Éducateur spécialisé]]></category>
		<category><![CDATA[Jeunes adultes]]></category>
		<category><![CDATA[Numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Travailleur social]]></category>
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									<p>S&rsquo;il est une définition qui ne fait pas consensus, c&rsquo;est bien celle d&rsquo;addiction. D&rsquo;un point de vue médical, le DSM liste bien entendu toutes les substances psycho-actives mais y a ajouté les troubles liés aux jeux d&rsquo;argent et l&rsquo;enfermement pathologique dans les jeux vidéos. Cette classification ne comprend donc pas tous les comportements que l&rsquo;on pourrait qualifier d&rsquo;addictions comportementales ou d&rsquo;addictions sans drogue. Parmi cette liste : le sport, le travail, le sexe, le sucre, mais celui qui nous intéresse aujourd&rsquo;hui est celui des écrans. Pour la psychiatre américaine Anna Lembke (voir son ouvrage « un monde sous dopamine ») tous ces comportements relèvent d&rsquo;une même logique, celle d&rsquo;une société qui sur-sollicite le circuit de la récompense. Ce neurotransmetteur essentiel au fonctionnement humain s&rsquo;active à chaque fois que l&rsquo;on scrolle sur les réseaux sociaux, il s&rsquo;active aussi lors des sexualités compulsives liées aux écrans (1/3 des connexions internet dans le monde sont liées à la pornographie). La récompense arrive sans trop d&rsquo;efforts et ce circuit ne cesse de se renforcer. Au final, que ces conduites soient définies comme addictives ou non, il me semble que leur questionnement par les professionnels du social autant du point de vue de leur propre usage que celui des actions à mener dans le cadre de leurs missions se pose.</p><p>J&rsquo;observe donc les élèves en formation scroller lors des cours. J&rsquo;ai peut-être une part de responsabilité dans l&rsquo;ennui qu&rsquo;ils ressentent avec celle de reposer le cadre. Au fond, le questionnement du rapport aux écrans leur a t&rsquo;il traversé l&rsquo;esprit ? L&rsquo;intervenant social travaille avec ce qu&rsquo;il est, d&rsquo;où la part importante de développement du savoir-être. Comment trouver de la satisfaction et déclencher le circuit de la récompense autrement, en faisant un effort, semble être une bonne piste de départ. Une autre question est la gestion de ses émotions et la fatigue psychique ou le stress face au terrain. S&rsquo;échapper sur son smartphone est une réponse simple et immédiate alors que l&rsquo;expression de son émotion auprès d&rsquo;un tiers demande plus d&rsquo;efforts, mais les conséquences seront sans doute plus impactantes. En se posant les bonnes questions et en expérimentant la vie « hors écrans » à travers des périodes de jeune plus ou moins longues, il sera à même de conduire ses futures personnes accompagnées sur un chemin de pair-aidant.</p><p>En effet, les publics vulnérables que nous accompagnons peuvent être encore plus sensibles à ces échappatoires. Ceux qui ont des expériences en MECS auprès d&rsquo;adolescents l&rsquo;observent bien, la place des écrans associés souvent à d&rsquo;autres addictions parmi laquelle le combo cannabis-tabac prend une place importante. La résultante est des jeunes précocement déscolarisés, sans projets, inhibés, dans un vide de sens. L&rsquo;enveloppe protectrice des ces comportements les place hors d&rsquo;une vie sociale réelle et empêche parfois la mise en œuvre d&rsquo;un parcours après la majorité faute de « projet ». Ils sont bien entendu dans bien des cas la conséquence de traumatismes et la réponse n&rsquo;est pas simple à construire. D&rsquo;autant plus que la société moderne ne peut pas se passer de numérique et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas que des désavantages à ces pratiques. Ainsi, utiliser l&rsquo;écran pour une activité qui prend du temps (faire une recherche, une démarche en ligne, un jeu ludique et constructif) va à l&rsquo;encontre des entrepreneurs du net qui ne cessent de raccourcir les temps de visionnages pour activer plus vite le circuit de la récompense et laisser les utilisateurs accrochés à leur plateforme. C&rsquo;est bien cette relation entre l&rsquo;usage des écrans et la façon dont les concepteurs construisent le fait d&rsquo;y rester qui doit être interrogée et limitée. Par exemple, les séries ont la bonne habitude de termine l&rsquo;épisode par le sentiment de surprise et le vide derrière, ce qui donnera envie d&rsquo;enchainer les épisodes. Regarder cinq minutes du nouvel épisode peut éloigner le cerveau de son attention compulsive. La question de l&rsquo;image et de la reconnaissance se pose aussi à travers l&rsquo;usage de certaines plateformes (« Je me demande combien de personnes ont liker ma nouvelle photo de maquillage sur Insta »). Cela interroge donc le cadre, celui que les adultes vont devoir mettre en place et qu&rsquo;ils vont contribuer à maintenir en le respectant eux-mêmes (tu vois, je ne sors pas mon téléphone pendant mes heures de travail, pourtant j&rsquo;en ai envie). Mais aussi la capacité à se fixer ses propres règles pour éviter d&rsquo;être entrainés dans le circuit de la récompense. Enfin, cela interroge le sens, la fonction de ces usages dans le quotidien d&rsquo;une personne et comment satisfaire ses besoin/ses attentes par un moyen plus constructif.</p><p>J&rsquo;en conclus que saisir les enjeux d&rsquo;une véritable éducation aux écrans me semble être un impératif et cela passe par un travail sur ses propres accoutumances. Que le sujet soit déjà conscientisé et au cœur des échanges des professionnels, des postures de contournements peuvent être trouvées pour éviter ce recours trop simple. C&rsquo;est le propre de l&rsquo;intelligence collective. A l&rsquo;heure ou l&rsquo;IA prend plus de place et offre de réelles opportunités d&rsquo;avancées dans beaucoup de domaines, sachons rester humains car c&rsquo;est bien à partir de là que se fera toujours le travail d&rsquo;accompagnement.</p>								</div>
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									<p><strong>Bibliographie :</strong></p><p>Anna Lembke  » Un monde sous dopamine », éditions Eyrolles, 2024</p><p>Revue Sciences humaines n°373 Nov 2024 « La mécanique de l&rsquo;addiction »</p><p>Laurent Karila « Docteur, addict ou pas ? », Harper Collins, 2024</p>								</div>
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		<title>J&#8217;aime bien les Z</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/jaime-bien-les-z/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Apr 2025 15:38:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Conflit intergénérationnel]]></category>
		<category><![CDATA[Éducateur spécialisé]]></category>
		<category><![CDATA[Institution sociale]]></category>
		<category><![CDATA[Jeunes adultes]]></category>
		<category><![CDATA[Relation de confiance]]></category>
		<category><![CDATA[Travailleur social]]></category>
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					<description><![CDATA[Avant que je m&#8217;engage à accompagner des élèves en formation d&#8217;ES en tant qu&#8217;intervenant GAP, on m&#8217;avait prévenu. « Tu vas voir, il y en a certains qui sont « haaan », grave à la ramasse ». Cette fameuse génération Z qui ne s&#8217;engage plus, s&#8217;enferme dans ses téléphones et voit l&#8217;avenir de manière désabusée. Heureusement que j&#8217;ai mis [&#8230;]]]></description>
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									<p id="ember2542" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Avant que je m&rsquo;engage à accompagner des élèves en formation d&rsquo;ES en tant qu&rsquo;intervenant GAP, on m&rsquo;avait prévenu. « Tu vas voir, il y en a certains qui sont « haaan », grave à la ramasse ». Cette fameuse génération Z qui ne s&rsquo;engage plus, s&rsquo;enferme dans ses téléphones et voit l&rsquo;avenir de manière désabusée. Heureusement que j&rsquo;ai mis tout cela de côté.</p><p id="ember2543" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Aujourd&rsquo;hui, après trois séances et quelques visites de stage, je dis et j&rsquo;affirme que j&rsquo;apprécie ces jeunes. Ils viennent vers le métier d&rsquo;Educateur Spécialisé avec une vraie appétence pour les relations de travail centrés sur les publics. Ils ont donc cette capacité à voir les problèmes observés en stage et en quoi cela ne correspond pas à leurs valeurs. Alors certes, ils manquent parfois de tact et voudraient faire la révolution en un jour, mais cette lucidité sur l&rsquo;essentiel du travail devrait faire un bien fou aux structures qui les accueillent.</p><p id="ember2544" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Les « network nativ » selon une expression que je préfère à la dernière lettre de l&rsquo;alphabet (quelle sera la génération suivante, faudra t&rsquo;il inventer des lettres ?) ont des convictions et les affirment. Ils ne supportent pas qu&rsquo;une blague antisémite soit dite devant des enfants. Ils s&rsquo;étonnent de certains éducateurs « expérimentés » qui utilisent la force de leur bras pour faire autorité auprès d&rsquo;enfants. Ils s&rsquo;offusquent du comportement d&rsquo;une psychologue en visite médiatisée. Ils ont envie de contribuer à un travail social de meilleure qualité.</p><p id="ember2545" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Je ne les entends pas beaucoup râler sur les bas salaires du secteur, ils semblent avoir renoncé à une lutte qui n&rsquo;a jamais obtenu satisfaction de leur vivant. Par contre, ils ne veulent pas travailler dans n&rsquo;importe quelles conditions et surtout sans trouver du sens au travail.</p><p id="ember2546" class="ember-view reader-text-block__paragraph">D&rsquo;ailleurs, il faut les entendre aussi quand ils critiquent des cours » chiants ». Laissons dériver le modèle des cours magistraux avec un professeur en positon d&rsquo;unique sachant. Mises en situations, réflexions/débats sur des textes, apprendre en jouant à travers des jeux type sérious game, faire une fresque du climat. Ils veulent de la pratique, des cours connectés aux réalités du terrain. Ne nous plaignons pas d&rsquo;une salle à moitié vide à la pause, changeons nos manières d&rsquo;enseigner.</p><p id="ember2547" class="ember-view reader-text-block__paragraph">J&rsquo;ai peut-être seulement de la chance avec le groupe que j&rsquo;accompagne, mais au moins je n&rsquo;ai pas perdu l&rsquo;espoir d&rsquo;un meilleur travail social.</p>								</div>
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		<title>Accompagner en sinusoïde</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/accompagner-en-sinusoide/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Oct 2024 17:40:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement - Logement]]></category>
		<category><![CDATA[Accompagnement]]></category>
		<category><![CDATA[Autonomie]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement]]></category>
		<category><![CDATA[Jeunes adultes]]></category>
		<category><![CDATA[Logement]]></category>
		<category><![CDATA[Mineurs non accompagnés]]></category>
		<category><![CDATA[Travailleur social]]></category>
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					<description><![CDATA[Je n’ai jamais été bon en maths, certainement une des raisons qui m’a conduit au travail social. Mais je me souviens de cette fin de troisième où on utilisait tout le potentiel de notre calculatrice graphique. Il y avait les belles courbes qui montaient ou descendaient. Puis plus tard, il y eut les sinusoïdes&#8230; Le [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="644" class="elementor elementor-644">
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									<p>Je n’ai jamais été bon en maths, certainement une des raisons qui m’a conduit au travail social. Mais je me souviens de cette fin de troisième où on utilisait tout le potentiel de notre calculatrice graphique. Il y avait les belles courbes qui montaient ou descendaient. Puis plus tard, il y eut les sinusoïdes&#8230;</p><p>Le travail social dans la réinsertion des populations exclues a adopté depuis toujours un accompagnement qu’on pourrait schématiser en graphique ascensionnel. Nous lions contrat et lien professionnel avec une personne qui se situe « en bas », avec des manques, des limitations, des handicaps, puis nous la conduisons vers un horizon meilleur sur une pente ascensionnelle : levée ou dépassement des freins, accès à l’emploi, accès au logement. Cet idéal de l’accompagnement conduit une personne de la marginalité vers la norme. L’accompagnant peut s’en honorer : il a bien fait son travail.</p><p>Certaines personnes arrivent à entrer peu ou prou dans ce schéma. Ceux dont Nicolas Duvoux caractérise leur rapport à l’assistance comme une « autonomie intériorisée ». Les cadres de ce schéma sont compris et intégrés, souvent parce qu’ils ont déjà été expérimentés dans une partie du parcours biographique. Une population qui entre bien dans ce schéma sont les personnes isolées migrantes. Bien que certains d’entre eux souffrent de traumas dans leur pays d’origine ou leur parcours, une grande part montre une résilience face à l’adversité. Qu’ils soient Mineurs Non Accompagnés ou jeunes adultes avec le sésame d’une protection internationale, la perspective d’une vie meilleure et d’une certaine ascension sociale les porte. C’est aussi le cas de nationaux qui demandent assistance après un « cumul d’épreuves », mais qui souhaitent retrouver un cadre hors de l’assistance. Ceux qui entrent dans la catégorie des « accidentés de la vie » selon les représentations des travailleurs sociaux. Cela veut souvent dire une projection dans l’histoire de l’autre dans le style « ça pourrait m’arriver ». Car ce schéma idéal est aussi le reflet de nos propres parcours et nos propres projections, nous qui sommes arrivés à un certain statut, une certaine place, parfois au prix d’une reconversion professionnelle.</p><p>La pertinence de cette trajectoire se pose pour tous les autres profils à partir du moment où ils ont un autre rapport à l’assistance. Dans ce cas nous ne pouvons même plus évoquer une « bifurcation biographique » car chaque imprévu met en danger le parcours de vie. Les personnes s’adaptent, adoptent des stratégies, rusent, se débrouillent et surtout arrêtent de réellement croire qu’une projection dans l’avenir est possible, même s’il y a parfois de la dénégation. Nous constatons de plus en plus une inadéquation entre ce que les personnes vivent et les objectifs visés par les institutions d’accompagnements et relayés par les travailleurs sociaux.</p><p>Une frange importante de la population se trouve en difficulté face à l’aggravation des précarités, dès lors, tout évènement imprévu provoque un choc qu’il faut pouvoir encaisser. La trajectoire de vie se construit, parfois dès l’entrée dans l’âge adulte, en trajectoire sinusoïdale. De périodes d’espoirs et de progrès se succèdent des périodes de rechutes et de doutes. Qu’est ce qui peut protéger de ces heurts ? Qu’est ce qui pourrait bien faire effet de « pare choc social » ? Les associations qui proposent un hébergement et un accompagnement social offrent cela. Un cadre sécurisant par l’attribution d’un logement moyennant une faible participation financière, un accompagnement social pour traiter plus efficacement avec les administrations, une oreille attentive pour adapter l’accompagnement aux crises que subissent les personnes. Ceux qui avant étaient vulnérables se retrouvent en partie protégés. En échange, ils doivent fournir des gages (le fameux équilibre droits/devoirs) mais plus le temps passe, plus cet équilibre est amené à se flétrir. L’issue de ces institutions est toujours la sortie du dispositif, et de plus en plus vite dans la politique du logement d’abord, des Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens et de la fameuse « fluidité des parcours ».</p><p>De ce fait, les personnes se trouvent dans un paradoxe, ils doivent abandonner volontairement ce qui est la source de leur protection face aux imprévus de la vie. Alors il y a plusieurs stratégies possible : s’accrocher à l’association en posant des actes comme le refus des propositions de logements, ou accepter d’aller vers un ailleurs qui sera moins sécurisant. Il manque d’ailleurs une enquête d’envergure sur les sortants d’institutions après deux ou trois années pour évaluer convenablement cette « vie d’après ». Nous observons en tous les cas de nombreuses personnes qui tournent entre institutions de l’hébergement, logement individuel, rue, incarcérations, hospitalisations. Comment sortir de ce cercle ?</p><p>Il me semble que la première notion importante se situe au niveau du travailleur social, qui doit relativiser sa volonté de conduire ses accompagné(e)s vers une vie meilleure à défaut d’être idéale. Surtout en fonction du public qu’il accompagne, des personnes avec des années de rue ne peuvent pas entrer dans une trajectoire ascensionnelle. Dès lors, c’est quoi réussir son accompagnement ? Comment tenir dans ce travail à l’issue aussi incertaine lorsqu’aucun résultat palpable en termes de finalité ne peut être attesté ? Il me semble que la notion de rétablissement utilisée en santé mentale et dans les dispositifs qui se revendiquent du « housing first » est une première piste possible. Cela veut dire concrètement qu’on prévoit les rechutes, que les hauts et bas de la trajectoire de vie sont intégrés et qu’une forme de stabilité est déjà une victoire pour la personne et son accompagnant.</p><p>De plus, il faudrait profondément repenser le système de l’hébergement pour garantir un filet de protection à certaines personnes tout au long de la vie. Car quel est le coût pour la société de ces éternels recommencements entre hébergement et accompagnement, puis rupture, cela dans un cycle qui semble ne jamais s’arrêter ? Au niveau politique, il faut arrêter le penser que la dépendance à l’assistance est une tare des personnes et reconnaître que pour certaines situations, ils ne peuvent pas faire autrement. L’existence des pensions de famille intègre déjà cette dimension mais il faudrait qu’elle se développe vers d’autres dispositifs, d’autres formules qui permettent d’intégrer plus de bénéficiaires. Accompagner à vie de manière personnalisée est une notion qui doit entrer dans nos esprits et faire l’objet de prise de virage des politiques sociales. Nous devons accepter que dans certains cas c&rsquo;est la meilleure solution.</p><p>Dans l’idéal et tout en sachant très bien que ceci est irréaliste, les travailleurs sociaux des hébergements institutionnels devraient être à terme rattachés aux services sociaux de secteurs. Ils apporteraient les renforts nécessaires aux populations les plus fragiles en tenant compte de l’environnement urbain. Lier de développement social local et la proximité tout en permettant une sécurisation des parcours sur un secteur, en préventif comme en curatif.</p><p>Quoi qu&rsquo;il en soit, accompagner les trajectoires sinusoïdales doit intégrer la construction professionnelle des travailleurs sociaux dès la formation. Un travail social plus engagé et militant pourrait aussi contribuer à cela en voyant l’intérêt commun des professionnels et des personnes concernées. Au niveau institutionnel, la réglementation actuelle qui pousse aux évaluations externes va plutôt dans le bon sens. De mon expérience, un certain nombre de processus inadaptés et encore en cours devraient être poussés à évoluer.</p>								</div>
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									<p><strong>Bibliographie :</strong></p><p>Nicolas Duvoux, l’autonomie des assistés, PUF, 2009, 269p</p><p>Claire Bidard, Crises, décisions et temporalités : autour des bifurcations biographiques, Cahiers internationaux de sociologie, 2006, p29-57</p><p>Christian Guinchard, Logiques du dénuement, réflexions sociologiques sur la pauvreté et le temps, L’harmattan, 2011, 215p</p>								</div>
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		<title>Réduire les risques de la colère</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/reduire-les-risques-de-la-colere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Oct 2024 12:46:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Gestion des risques]]></category>
		<category><![CDATA[Institution sociale]]></category>
		<category><![CDATA[Jeunes adultes]]></category>
		<category><![CDATA[Violence]]></category>
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					<description><![CDATA[La colère faite partie des émotions de base de tout être humain avec la joie, la tristesse, la peur, le dégout. Cependant, au contraire de ses consœurs, cette émotion a une autre place dans l&#8217;imaginaire social car elle fait partie de la liste des péchés capitaux. S&#8217;il est vrai que des explosions incontrôlables de celui [&#8230;]]]></description>
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									<p>La colère faite partie des émotions de base de tout être humain avec la joie, la tristesse, la peur, le dégout. Cependant, au contraire de ses consœurs, cette émotion a une autre place dans l&rsquo;imaginaire social car elle fait partie de la liste des péchés capitaux. S&rsquo;il est vrai que des explosions incontrôlables de celui qui ressent de la colère le rend difficilement ajusté dans les relations sociales, le sentiment en lui-même mérite d&rsquo;être traité en lui laissant une place.</p><p>Dans les institutions du travail social, les explosions de colère, surtout chez des jeunes mineurs ou des majeurs encore en construction, interrogent l&rsquo;accompagnement social. Bien que n&rsquo;ayant pas de longue expérience en protection dès l&rsquo;enfance, une bonne partie des enfants placés suite à des carences éducatives ou des maltraitances présentent cette caractéristique d&rsquo;éprouver de la colère et de la manifester dans des actes. Bagarres, destructions, tags, provocations&#8230; Comment cette question est-elle traitée majoritairement ? Je suppose par une échelle des sanctions et son application. Je me souviens aussi lors de ce stage de première année d&rsquo;Educateur Spécialisé de plusieurs enfants qui avaient un traitement médicamenteux (appelé parfois camisole chimique).</p><p>La question est revenue sur le devant de ma scène depuis que j&rsquo;accompagne des jeunes majeurs âgés de 18 à 25 ans avec des parcours de rue. Issus en majorité de l&rsquo;Aide Sociale à l&rsquo;Enfance, ils n&rsquo;ont plus de lien ou des liens très distendus avec leur premier cercle de socialisation familiale. Ils cumulent cette expérience avec celle de la rue, parfois déjà expérimentée dans l&rsquo;enfance lors de fugues, parfois aussi des incarcérations mais aussi de nombreux passages en institutions (Maison d&rsquo;Enfant à Caractère Social, Centré Educatif Fermé). L&rsquo;expression d&rsquo;une colère un peu plus marquée que les personnes « dans la norme » s&rsquo;explique donc en grande partie par un apprentissage de socialisation ou le rapport de force et l&rsquo;intimidation sont centraux.</p><p>Comment donc accompagner ces jeunes à trouver leur place dans une société qui n&rsquo;accepte pas les expressions de colère trop marquées ? Comment se positionner professionnellement pour éviter l&rsquo;usure professionnelle face aux « tensions confrontationnelles » pour reprendre l&rsquo;expression du sociologue Randall Collins ?</p><p>Dans les associations qui accompagnent des adultes en exclusion du logement en les hébergeant et en assurant un accompagnement social, l&rsquo;échelle des sanctions possibles est très limitée. En regard des règlements intérieur de la plupart d&rsquo;entre eux, il faudrait déjà discuter du fait qu&rsquo;un avertissement écrit est une véritable sanction. Mais en bout de chaine, la seule véritable sanction est l&rsquo;exclusion de la personne, temporairement ou définitivement selon la gravité des faits. Si le respect des personnes et des biens doit bien être un élément majeur des règlements intérieurs, comment accompagner des publics dont l&rsquo;expression forte de la colère est une nécessité face aux frustrations qu&rsquo;ils vivent ? Il me semble que les institutions manquent d&rsquo;outils et j&rsquo;en proposerai quelques-uns, mais pour moi l&rsquo;essentiel est dans l&rsquo;approche globale à réinterroger.</p><p>La politique de la RDR (Réduction des Risques et des Dommages) a été initiée dans l&rsquo;accompagnement des publics en proie aux addictions (je préfère le terme québécois d&rsquo;accoutumance connoté moins négativement) depuis l&rsquo;apparition du VIH. Elle consiste à accompagner ces publics sans obligation d&rsquo;avoir recours au sevrage, prenant en compte que l&rsquo;arrêt des consommations n&rsquo;est pas possible pour un nombre important de personnes. C&rsquo;est cette approche que nous devons appliquer face à certains publics. La colère ne serait donc pas empêchée, réfrénée, interdite mais encadrée, canalisée.</p><p>Dans les médias possibles je vois :</p><ul><li>Le punching ball ou sac de frappe, disponible à toute heure en cas de montée de colère</li><li>Les exercices de respiration ventrale</li><li>Des petits objets anti-stress à garder dans sa poche ou à sa ceinture</li><li>Le mur disponible pour tagger ses révoltes par écrit</li><li>La médiation animale</li></ul><p>Bien entendu, cette liste non exhaustive ne doit pas faire oublier l&rsquo;essentiel : la parole. Car il n&rsquo;y a que dans l&rsquo;échange et l&rsquo;expérience que la personne trouve ses moyens de canaliser ses pulsions. L&rsquo;ouvrage du sociologue Jérome Beauchez  » l&#8217;empreinte du poing » montre bien comment les parcours de vie des boxeurs sont marqués par les cassures et comment cette activité leur permet trouver une issue à leur situation.</p><p>J&rsquo;encourage donc mes collègues travailleurs sociaux et les personnels encadrants à réfléchir à cette question. L&rsquo;enjeu est de réduire autant que possible le retour à la rue systématique des personnes, souvent jeunes, qui ne sont pas en capacité de réfréner leur colère. Cela demandera un peu d&rsquo;investissement budgétaire et de matière grise, mais pourra aussi prévenir de nombreux arrêts de travail et rendre les lieux d&rsquo;accueil, surtout lorsqu&rsquo;ils sont en configuration collective, plus accueillants.</p>								</div>
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