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	<title>Autonomie &#8211; Le Filet Social | Olivier Kuhn</title>
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	<title>Autonomie &#8211; Le Filet Social | Olivier Kuhn</title>
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		<title>Sois autonome&#8230;et tais-toi ?</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/sois-autonome-et-tais-toi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 31 Oct 2024 15:03:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Autonomie]]></category>
		<category><![CDATA[Institution sociale]]></category>
		<category><![CDATA[Minimas sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Précarité]]></category>
		<category><![CDATA[Travailleur social]]></category>
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					<description><![CDATA[L’autonomie fait partie de ces mots valises utilisés dans le travail social, au point où ils en perdent leur sens. C’est aussi la principale norme à laquelle se référer dans les politiques sociales à partir de la fin des années 90/début des années 2000. Ce terme est également le reflet d’une évolution, de la fin [&#8230;]]]></description>
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									<p>L’autonomie fait partie de ces mots valises utilisés dans le travail social, au point où ils en perdent leur sens. C’est aussi la principale norme à laquelle se référer dans les politiques sociales à partir de la fin des années 90/début des années 2000. Ce terme est également le reflet d’une évolution, de la fin de l’état providence. Alors qu’auparavant, l’Etat adoptait encore en partie les principes du solidarisme, ce qui a valu par exemple la création du RMI en 1988, il n’en est plus de même ces dernières décennies. Sous la pression de citoyens moins enclins à partager le fruit de leur travail avec les « plus démunis », les aides sont de plus en plus conditionnées. Aux droits sont associés des devoirs, des engagements. C’est dans ce cadre que l’autonomie prend toute sa place. Face aux impossibilités structurelles de certains citoyens à se conformer au marché de l’emploi, il faut bien trouver d’autres devoirs à engager en échange des droits. L’évolution de la gestion du RMI/RSA en est l’exemple avec une individualisation croissante des contrats. Cela place le travailleur social à une position clé, cela lui donne un pouvoir important : celui d’ouvrir ou fermer un revenu minimum en fonction de l’appréciation qu’il aura de la situation. L’autonomie est donc le gage, la règle du jeu des interactions travailleur social/bénéficiaire. Prenant appui sur les recherches de Nicolas Duvoux, les « usagers » réagissent différemment face à cette norme. Ils l’acceptent et s’y conforment, ils jouent avec ou la refusent. En d’autres termes, ils acceptent ou non le stigmate associé à ce contexte normatif et son corollaire.</p><p>C’est la même dynamique qui s’installe dans les associations dont la mission est d’insérer des personnes exclues du logement. Là, le pouvoir des institutions et des travailleurs sociaux réside dans le fait de renvoyer une personne à la rue en lui faisant endosser l’entière responsabilité de la situation. Les CHRS, les différents types d’accompagnements plus ou moins intenses en places intermédiaires, visent tous un alignement avec cette norme d’autonomie. A défaut d’accès à l’emploi qui permet l’accès au logement, la « levée des freins » se loge dans les détails des trajectoires de vie. Pour l’un, ce sera son hyper émotivité qui nuira à son installation dans un environnement plein de stress comme celui de l’emploi professionnel. Pour un autre, ce sera son manque de confiance qui le découragera face aux refus nombreux des employeurs. Le travailleur social ne peut pas échapper à cette place centrale, la question est de savoir ce qu’il va bien vouloir en faire.</p><p>Dans l’actualité un certain regard nous invite au pessimisme, avec l’arrivée programmée d’un RSA conditionné à des heures d’activités. La crainte est de renforcer encore ce contrôle des pauvres par la norme d’autonomie. Il est vrai que cette nouvelle est inquiétante et provoquerait un choc. Selon les premiers retours de l’expérimentation : hausse du non recours aux droits, travail déguisé, accès à l’emploi en rien facilité.</p><p>Cependant, d’autres signes montrent aussi que des voies d’émancipation se créent pour les bénéficiaires. Le terme d’autonomie a été récemment remplacé dans plusieurs recommandations de la Haute Autorité de Santé par le terme d’auto-détermination. Avec d’autres termes en vogue come l’empowerment, le développement du pouvoir d’agir, ils constituent la base d’un nouveau positionnement éthique pour les intervenants sociaux. Ils permettent surtout aux bénéficiaires de faire valoir leurs droits et de poser des arguments contre les injonctions qui leur seront faites. Le bénéficiaire est certes toujours au centre, mais le flou et l’espace de liberté réside dans le contenu de la norme qui lui sera appliquée. Les établissements qui doivent se conformer au cadre de la loi du 2 janvier 2002 sont en mouvement vers ces objectifs, garantir le droit des personnes, chercher leur adhésion, les informer, les inclure dans les décisions les concernant.</p><p>La nouvelle loi à venir méconnaît fondamentalement la situation des bénéficiaires du RSA. Certes ils ne sont pas dans l’emploi pour diverses raisons, mais ils ne sont pas pour autant inactifs. La question des activités hors emploi se pose. Par exemple pour certaines personnes désignées comme « grands précaires » l’activité de manche est considérée comme un travail. Elle apporte un supplément de revenus mais surtout elle inscrit la personne dans un lien. Reconnaissance, échanges, aide ponctuelle, le tout avec une liberté d’aller ou ne pas aller sur son point de manche qu’un employeur ne pourrait pas laisser à son employé. Elle apporte les mêmes satisfactions qu’un employé. Il en est de même pour d’autres activités comme le travail informel à petite échelle, le bénévolat, la garde d’enfants, les échanges de services.</p><p>Pour d’autres bénéficiaires dont l’état de santé physique et psychique est insuffisant pour être reconnu en handicap mais quand même un vrai souci pour l’accès à un emploi, entrer dans un processus de soin est déjà une activité régulière.</p><p>Toutes ces questions nous responsabilisent en tant que travailleurs sociaux. A quel point accepterons-nous de mettre en application des directives injustes et irrespectueuses des droits des bénéficiaires de l’aide sociale ? Les règlements et le cadre existe pour poser des limites à travers les recommandations de la HAS. L’Etat semble parfois se déjuger lui-même, à valider des mesures qui paraissent plus contraignantes alors que de l’autre côté toutes les directives semblent aller dans le sens d’une amélioration des droits.</p><p>La place de l’éthique des intervenants sociaux est donc centrale. Sans notre profession, impossible pour l’Etat de mettre en place ses mesures plus coercitives. Nous sommes au milieu d’un paradoxe. Un élan nous pousse vers le renforcement des droits des personnes en nous appuyant sur les recommandations d’un système qui se vit émancipateur. Un autre élan nous pousse à renforcer le contrôle social sur les populations les plus précaires pour les « sortir de l’assistanat » et plaire à une frange de l’électorat. Sachons donc faire l’expérience de l’autonomie et ne pas laisser les nouveaux termes : autodétermination, pouvoir d’agir, empowerment être vidées à leur tour de leur sens.</p>								</div>
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									<p><strong>Bibliographie :</strong></p><p>Nicolas Duvoux, « l’autonomie des assistés », PUF, 2009</p><p>Pierre Rosanvallon, « la crise de l’Etat-providence », Seuil, 2015</p><p><a href="https://www.has-sante.fr/jcms/p_3491702/fr/l-accompagnement-vers-et-dans-l-habitat-par-les-professionnels-des-essms-volet-1-socle-transversal">Recommandations de la HAS en matière d’habitat</a></p>								</div>
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		<title>Accompagner en sinusoïde</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/accompagner-en-sinusoide/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Oct 2024 17:40:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement - Logement]]></category>
		<category><![CDATA[Accompagnement]]></category>
		<category><![CDATA[Autonomie]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement]]></category>
		<category><![CDATA[Jeunes adultes]]></category>
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		<category><![CDATA[Travailleur social]]></category>
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					<description><![CDATA[Je n’ai jamais été bon en maths, certainement une des raisons qui m’a conduit au travail social. Mais je me souviens de cette fin de troisième où on utilisait tout le potentiel de notre calculatrice graphique. Il y avait les belles courbes qui montaient ou descendaient. Puis plus tard, il y eut les sinusoïdes&#8230; Le [&#8230;]]]></description>
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									<p>Je n’ai jamais été bon en maths, certainement une des raisons qui m’a conduit au travail social. Mais je me souviens de cette fin de troisième où on utilisait tout le potentiel de notre calculatrice graphique. Il y avait les belles courbes qui montaient ou descendaient. Puis plus tard, il y eut les sinusoïdes&#8230;</p><p>Le travail social dans la réinsertion des populations exclues a adopté depuis toujours un accompagnement qu’on pourrait schématiser en graphique ascensionnel. Nous lions contrat et lien professionnel avec une personne qui se situe « en bas », avec des manques, des limitations, des handicaps, puis nous la conduisons vers un horizon meilleur sur une pente ascensionnelle : levée ou dépassement des freins, accès à l’emploi, accès au logement. Cet idéal de l’accompagnement conduit une personne de la marginalité vers la norme. L’accompagnant peut s’en honorer : il a bien fait son travail.</p><p>Certaines personnes arrivent à entrer peu ou prou dans ce schéma. Ceux dont Nicolas Duvoux caractérise leur rapport à l’assistance comme une « autonomie intériorisée ». Les cadres de ce schéma sont compris et intégrés, souvent parce qu’ils ont déjà été expérimentés dans une partie du parcours biographique. Une population qui entre bien dans ce schéma sont les personnes isolées migrantes. Bien que certains d’entre eux souffrent de traumas dans leur pays d’origine ou leur parcours, une grande part montre une résilience face à l’adversité. Qu’ils soient Mineurs Non Accompagnés ou jeunes adultes avec le sésame d’une protection internationale, la perspective d’une vie meilleure et d’une certaine ascension sociale les porte. C’est aussi le cas de nationaux qui demandent assistance après un « cumul d’épreuves », mais qui souhaitent retrouver un cadre hors de l’assistance. Ceux qui entrent dans la catégorie des « accidentés de la vie » selon les représentations des travailleurs sociaux. Cela veut souvent dire une projection dans l’histoire de l’autre dans le style « ça pourrait m’arriver ». Car ce schéma idéal est aussi le reflet de nos propres parcours et nos propres projections, nous qui sommes arrivés à un certain statut, une certaine place, parfois au prix d’une reconversion professionnelle.</p><p>La pertinence de cette trajectoire se pose pour tous les autres profils à partir du moment où ils ont un autre rapport à l’assistance. Dans ce cas nous ne pouvons même plus évoquer une « bifurcation biographique » car chaque imprévu met en danger le parcours de vie. Les personnes s’adaptent, adoptent des stratégies, rusent, se débrouillent et surtout arrêtent de réellement croire qu’une projection dans l’avenir est possible, même s’il y a parfois de la dénégation. Nous constatons de plus en plus une inadéquation entre ce que les personnes vivent et les objectifs visés par les institutions d’accompagnements et relayés par les travailleurs sociaux.</p><p>Une frange importante de la population se trouve en difficulté face à l’aggravation des précarités, dès lors, tout évènement imprévu provoque un choc qu’il faut pouvoir encaisser. La trajectoire de vie se construit, parfois dès l’entrée dans l’âge adulte, en trajectoire sinusoïdale. De périodes d’espoirs et de progrès se succèdent des périodes de rechutes et de doutes. Qu’est ce qui peut protéger de ces heurts ? Qu’est ce qui pourrait bien faire effet de « pare choc social » ? Les associations qui proposent un hébergement et un accompagnement social offrent cela. Un cadre sécurisant par l’attribution d’un logement moyennant une faible participation financière, un accompagnement social pour traiter plus efficacement avec les administrations, une oreille attentive pour adapter l’accompagnement aux crises que subissent les personnes. Ceux qui avant étaient vulnérables se retrouvent en partie protégés. En échange, ils doivent fournir des gages (le fameux équilibre droits/devoirs) mais plus le temps passe, plus cet équilibre est amené à se flétrir. L’issue de ces institutions est toujours la sortie du dispositif, et de plus en plus vite dans la politique du logement d’abord, des Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens et de la fameuse « fluidité des parcours ».</p><p>De ce fait, les personnes se trouvent dans un paradoxe, ils doivent abandonner volontairement ce qui est la source de leur protection face aux imprévus de la vie. Alors il y a plusieurs stratégies possible : s’accrocher à l’association en posant des actes comme le refus des propositions de logements, ou accepter d’aller vers un ailleurs qui sera moins sécurisant. Il manque d’ailleurs une enquête d’envergure sur les sortants d’institutions après deux ou trois années pour évaluer convenablement cette « vie d’après ». Nous observons en tous les cas de nombreuses personnes qui tournent entre institutions de l’hébergement, logement individuel, rue, incarcérations, hospitalisations. Comment sortir de ce cercle ?</p><p>Il me semble que la première notion importante se situe au niveau du travailleur social, qui doit relativiser sa volonté de conduire ses accompagné(e)s vers une vie meilleure à défaut d’être idéale. Surtout en fonction du public qu’il accompagne, des personnes avec des années de rue ne peuvent pas entrer dans une trajectoire ascensionnelle. Dès lors, c’est quoi réussir son accompagnement ? Comment tenir dans ce travail à l’issue aussi incertaine lorsqu’aucun résultat palpable en termes de finalité ne peut être attesté ? Il me semble que la notion de rétablissement utilisée en santé mentale et dans les dispositifs qui se revendiquent du « housing first » est une première piste possible. Cela veut dire concrètement qu’on prévoit les rechutes, que les hauts et bas de la trajectoire de vie sont intégrés et qu’une forme de stabilité est déjà une victoire pour la personne et son accompagnant.</p><p>De plus, il faudrait profondément repenser le système de l’hébergement pour garantir un filet de protection à certaines personnes tout au long de la vie. Car quel est le coût pour la société de ces éternels recommencements entre hébergement et accompagnement, puis rupture, cela dans un cycle qui semble ne jamais s’arrêter ? Au niveau politique, il faut arrêter le penser que la dépendance à l’assistance est une tare des personnes et reconnaître que pour certaines situations, ils ne peuvent pas faire autrement. L’existence des pensions de famille intègre déjà cette dimension mais il faudrait qu’elle se développe vers d’autres dispositifs, d’autres formules qui permettent d’intégrer plus de bénéficiaires. Accompagner à vie de manière personnalisée est une notion qui doit entrer dans nos esprits et faire l’objet de prise de virage des politiques sociales. Nous devons accepter que dans certains cas c&rsquo;est la meilleure solution.</p><p>Dans l’idéal et tout en sachant très bien que ceci est irréaliste, les travailleurs sociaux des hébergements institutionnels devraient être à terme rattachés aux services sociaux de secteurs. Ils apporteraient les renforts nécessaires aux populations les plus fragiles en tenant compte de l’environnement urbain. Lier de développement social local et la proximité tout en permettant une sécurisation des parcours sur un secteur, en préventif comme en curatif.</p><p>Quoi qu&rsquo;il en soit, accompagner les trajectoires sinusoïdales doit intégrer la construction professionnelle des travailleurs sociaux dès la formation. Un travail social plus engagé et militant pourrait aussi contribuer à cela en voyant l’intérêt commun des professionnels et des personnes concernées. Au niveau institutionnel, la réglementation actuelle qui pousse aux évaluations externes va plutôt dans le bon sens. De mon expérience, un certain nombre de processus inadaptés et encore en cours devraient être poussés à évoluer.</p>								</div>
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									<p><strong>Bibliographie :</strong></p><p>Nicolas Duvoux, l’autonomie des assistés, PUF, 2009, 269p</p><p>Claire Bidard, Crises, décisions et temporalités : autour des bifurcations biographiques, Cahiers internationaux de sociologie, 2006, p29-57</p><p>Christian Guinchard, Logiques du dénuement, réflexions sociologiques sur la pauvreté et le temps, L’harmattan, 2011, 215p</p>								</div>
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