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	<title>Accompagnement &#8211; Le Filet Social | Olivier Kuhn</title>
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	<title>Accompagnement &#8211; Le Filet Social | Olivier Kuhn</title>
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		<title>Construire une relation de confiance dans l&#8217;accompagnement social en tenant compte des ruptures</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/construire-une-relation-de-confiance-dans-laccompagnement-social/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 May 2025 15:46:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Accompagnement]]></category>
		<category><![CDATA[Institution sociale]]></category>
		<category><![CDATA[Jeunes adultes]]></category>
		<category><![CDATA[Relation de confiance]]></category>
		<category><![CDATA[Travailleur social]]></category>
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									<p id="ember3446" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Les compétences relationnelles sont l’une des composantes essentielles que doit acquérir le travailleur social. Si certains aspects sont enseignés en formation initiale, une bonne part vient des expériences de terrain après avoir pu mesurer l’impact des interactions quotidiennes avec le public accompagné. Dans mon expérience avec des jeunes âgés de 18 à 25 ans ayant des parcours de rue, j’ai beaucoup appris sur le relationnel lorsque leurs vies sont marquées de ruptures voir de traumatismes.</p><p id="ember3447" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Dans mon parcours précédent de travailleur social, j&rsquo;ai longtemps accompagné en hébergements diffus. Dans ce cadre, la relation d&rsquo;accompagnement était majoritairement formelle : rendez-vous au bureau, rendez-vous pour des visites à domicile. Dans cette nouvelle expérience en tant que cadre intermédiaire, j&rsquo;ai pu mesurer l&rsquo;importance des temps informels pour permettre une remobilisation. Je m&rsquo;appuierai notamment sur les écrits d&rsquo;Anthony Giddens pour saisir la base de la confiance, notion indispensable à tout travail d&rsquo;accompagnement social.</p><p id="ember3448" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Le service avait pour objectif d&rsquo;offrir une solution aux nombreux jeunes âgés de 18 à 25ans, souvent sans revenus et exclus des systèmes d&rsquo;hébergements classiques. Ayant connu la plupart du temps des parcours de placements dans l&rsquo;enfance, selon les situations ils étaient entre une relation d&rsquo;assistance caractérisé par l&rsquo;assistanat (relation régulière et contractuelle) ou par la marginalité (relation infra-assistancielle), pour reprendre les classifications de Serge Paugam[1]. Le mis à disposition pour cette mission était un ancien Foyer d&rsquo;Action Educative avec un espace restreint, le choix avait été fait de transformer une chambre en bureau d’accueil quasi permanent. Au fil du temps, ce bureau est devenu le lieu des plaintes, des « coups de gueules ». Le lieu où les jeunes venaient canaliser leurs émotions et chercher une écoute bienveillante et non jugeante. L&rsquo;ont-ils toujours eu ?</p><p id="ember3449" class="ember-view reader-text-block__paragraph"><strong> Les conseils ne sont pas toujours bienvenus</strong></p><p id="ember3450" class="ember-view reader-text-block__paragraph">J’ai observé des situations où le positionnement professionnel des travailleurs sociaux repose sur de nombreuses déformations (je m’inclus dans ce constat). L&rsquo;une d&rsquo;entre elles est de vouloir trop souvent donner des conseils, alors qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas été demandés. Sans partir d&rsquo;une mauvaise intension, ces habitudes sont plus le reflet de la projection du travailleur social que la réelle volonté des bénéficiaires. Ces habitudes créent une frontière entre celui qui a le savoir et celui qui ne l&rsquo;a pas, une relation au pouvoir déséquilibré. J&rsquo;ai vu des collaborateurs être mis à l&rsquo;épreuve par les jeunes. Ceux-ci ont trop connu ces injonctions au projet, ces activations du quotidien[2] aussi à l&rsquo;origine de leur mise à distance des organismes d&rsquo;insertion vers l&#8217;emploi. J&rsquo;ai observé que la relation de confiance se tissait davantage avec les intervenants qui se gardaient de tout jugement sur les choix des jeunes dans les évènements qu&rsquo;ils vivent. Ainsi, poursuivre ou arrêter une expérience professionnelle naissante pour certains jeunes devait être entendu comme une expérience de choix, sans jugement. Une crise de colère verbale contre un Conseiller Pénitentiaire d&rsquo;Insertion et de Probation devait être entendue et acceptée, au travailleur social de proposer un compromis pour canaliser le conflit sans juger le ressenti du jeune.</p><p id="ember3451" class="ember-view reader-text-block__paragraph"><strong>Il est plus facile de faire confiance à une personne qu’au représentant d’une institution</strong></p><p id="ember3452" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Le sociologue Anthony Giddens nous explicite le fondement de cette relation de confiance tissée. Il l&rsquo;estime essentielle dans le contexte de la modernité pour faire face à des systèmes abstraits éloignés dans l&rsquo;espace et dans le temps, telles les nombreuses institutions présentes dans nos quotidiens. Je tente d&rsquo;appliquer sa théorie à mon expérience vécue pour comprendre la mise en place de la confiance dans un contexte d&rsquo;insécurité ontologique. Pour lui en effet, la base de la confiance se construit dans la prime enfance en s’appuyant sur la sécurité ontologique. Or, la plupart des jeunes accueillis furent placés dans l&rsquo;enfance et n&rsquo;ont pas pu se fonder sur un cadre familial sécurisant pour bâtir leur relation à la confiance. Ce qu&rsquo;ont vécu ces jeunes du fait de leurs fragilités entraine une méfiance importante, une insécurité ontologique. Giddens distingue la confiance-système et la confiance-personne. Je constate que la confiance due aux systèmes est quasiment absente, du fait de la distance vécue par les jeunes vis à vis des institutions et du ressenti essentiellement négatif qu&rsquo;elles ont sur leur expérience de vie. D&rsquo;autant plus lorsqu&rsquo;ils comprennent que les institutions de la protection de l&rsquo;enfance les ont laissé sans solution viable à l&rsquo;entrée de l&rsquo;âge adulte. Ainsi par exemple, je fais l&rsquo;hypothèse qu’une persévérance des pratiques de fraude dans les transports en communs, alors qu&rsquo;un tarif à très bas coût leur est proposé par la collectivité, vient en partie de cette distance avec le système abstrait que représente la Compagnie des Transports Strasbourgeois.</p><p id="ember3453" class="ember-view reader-text-block__paragraph">La confiance-personne quant à elle est possible, les travailleurs sociaux des accueils de jour ou de la prévention spécialisée ont installé cette relation avant qu&rsquo;ils n&rsquo;intègrent le dispositif. Pourquoi ne se transfère-t-elle pas simplement à d&rsquo;autres professionnels ? Probablement parce que malgré leur volonté de vouloir bien faire, les travailleurs sociaux ne se placent plus toujours en tiers dans les évènements que vivent les jeunes, mais parfois de manière frontale. Ils cherchent à influencer le parcours du jeune en dispensant des conseils avec plus ou moins d&rsquo;insistance dans le but de « réussir un travail d&rsquo;insertion ». Ils entrainent une levée de la méfiance chez les personnes concernées qui conduit à un flétrissement, voire une rupture du lien. Evitements, demandes pour « changer de référent », demandes d’une aide à un intervenant social extérieur à l&rsquo;organisation, passages à l&rsquo;acte avec début d&rsquo;agressivité sont autant de marques de cette distance qui s&rsquo;installe.</p><p id="ember3454" class="ember-view reader-text-block__paragraph"><strong>Comment faire confiance aux autres si on doute de soi ?</strong></p><p id="ember3455" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Les intervenants doivent prendre en compte les nombreux traumatismes vécus dans l&rsquo;enfance par la plupart des jeunes de ce dispositif. Ainsi, en s&rsquo;appuyant sur les œuvres du psychologue Erik Eriksson, Giddens précise que<em>« la confiance n&rsquo;implique pas seulement que l&rsquo;on a appris à compter sur l&rsquo;identité et la continuité des pourvoyeurs extérieurs, mais également que l&rsquo;on peut se faire personnellement confiance. La confiance envers les autres se développe conjointement à la formation d&rsquo;un sentiment intérieur d&rsquo;être digne de confiance, qui constitue la base d&rsquo;une auto-identité ultérieure stable »</em><strong><em>[3]</em></strong> . La confiance-personne pour des jeunes qui se sont construits à partir d&rsquo;une insécurité ontologique est constamment testée. La question de la légitimité accordée dans la relation se basera sur le positionnement du professionnel face à ce que vit le jeune. Si ce lien de confiance ne se construit pas, la relation d&rsquo;accompagnement devient déséquilibrée et peut aller jusqu&rsquo;à une volonté de prise de pouvoir du travailleur social au détriment de la personne concernée.</p><p id="ember3457" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Pour poursuivre avec Giddens, dans sa théorie la sécurité ontologique nous permet d&rsquo;être dans la réflexivité, attitude nécessaire dans le quotidien du monde moderne, surtout face aux risques. Concernant ces publics avec un vécu de précarité sociale, dans leur existence les discontinuités prennent plus de place que les continuités[4]. Le besoin de se préserver des multiples risques est donc important. C&rsquo;est là que nous pouvons replacer le rôle des intervenants sociaux. Être des médiateurs dans la réflexivité que vivent ces jeunes face aux risques de leur parcours de vie, le tout en prenant compte de leur insécurité ontologique. <em>« Est toujours présente dans la notion de confiance l&rsquo;idée de pouvoir compter sur quelque chose face à certaines contingences, que ces dernières soient dues aux actions d&rsquo;êtres humains ou au fonctionnement de systèmes</em><strong><em>[5]</em></strong><em> »</em>. Dès lors, comment les institutions peuvent-elles permettre la meilleure expression de cette confiance pour adapter leur accompagnement ?</p><p id="ember3458" class="ember-view reader-text-block__paragraph"><strong>Redonner une place aux espaces l’informels pour venir « vider son sac »</strong></p><p id="ember3459" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Mes observations du quotidien ont montré que les entretiens dans un cadre formel, heure et lieu défini, ne suffisent pas à poser ce cadre bienveillant nécessaire à l&rsquo;accompagnement d&rsquo;un public fragilisé. Être présent dans les épreuves du quotidien demande une disponibilité dans le temps et dans l&rsquo;espace. Le bureau d&rsquo;accueil du dispositif, s&rsquo;il a parfois manqué de cadre confidentiel, a par contre permis aux jeunes de « vider leur sac » lorsque le quotidien était trop lourd. Je note que pour la plupart d&rsquo;entre eux, réorientés dans d&rsquo;autres dispositifs ou accédant à un logement à la fin de l’expérimentation, ils en sont sortis dans de meilleures dispositions qu&rsquo;en arrivant.</p><p id="ember3460" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Les orientations actuelles des politiques sociales vers le logement d&rsquo;abord vont dans le bon sens. Le statut d&rsquo;hébergé temporaire limite la possibilité pour les publics accompagnés dans l&rsquo;Accueil Hébergement Insertion de s&rsquo;appuyer sur leur pouvoir d&rsquo;agir et leur chez-soi pour construire leur parcours. Cependant, il ne faudrait pas que les services sociaux, agissant de plus en plus à domicile, technicisent à outrance l&rsquo;intervention sociale. Les publics fragilisés ont besoin de lieux de décharges émotionnelles. Des lieux d&rsquo;écoute bienveillante et non jugeante disponibles aisément et sans rendez-vous préalables, sans formalités. Ces lieux sont nécessaires pour accompagner la réflexivité des publics face aux nombreux risques qu&rsquo;ils vivent dans leur exitance marquée de ruptures importantes et impactantes. Développer des accueils de jour de proximité, créer de la disponibilité, organiser la rencontre, permettront de mieux prévenir le risque de rechute. Le travailleur social sera aussi plus à même de retrouver une place ajustée, au côté des personnes et ce qu&rsquo;elles vivent et non plus en face comme agents d&rsquo;un contrôle social. Le métier n&rsquo;en sera que plus valorisé.</p>								</div>
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									<p><strong>Bibliographie :</strong></p><p>[1]Serge Paugam, la disqualification sociale, PUF, 2009, 288p.</p><p>[2]Isabelle Astier, les nouvelles règles du social, PUF, 2007, 208p.</p><p>[3]Anthony Giddens, les conséquences de ma modernité, L’Harmattan, 2016, p100.</p><p>[4]Patrick Cingolani, la précarité, 2006, 128p.</p><p>[5]Anthony Giddens, Ibid p 40</p>								</div>
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		<title>Accompagner en sinusoïde</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/accompagner-en-sinusoide/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Oct 2024 17:40:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement - Logement]]></category>
		<category><![CDATA[Accompagnement]]></category>
		<category><![CDATA[Autonomie]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement]]></category>
		<category><![CDATA[Jeunes adultes]]></category>
		<category><![CDATA[Logement]]></category>
		<category><![CDATA[Mineurs non accompagnés]]></category>
		<category><![CDATA[Travailleur social]]></category>
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					<description><![CDATA[Je n’ai jamais été bon en maths, certainement une des raisons qui m’a conduit au travail social. Mais je me souviens de cette fin de troisième où on utilisait tout le potentiel de notre calculatrice graphique. Il y avait les belles courbes qui montaient ou descendaient. Puis plus tard, il y eut les sinusoïdes&#8230; Le [&#8230;]]]></description>
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									<p>Je n’ai jamais été bon en maths, certainement une des raisons qui m’a conduit au travail social. Mais je me souviens de cette fin de troisième où on utilisait tout le potentiel de notre calculatrice graphique. Il y avait les belles courbes qui montaient ou descendaient. Puis plus tard, il y eut les sinusoïdes&#8230;</p><p>Le travail social dans la réinsertion des populations exclues a adopté depuis toujours un accompagnement qu’on pourrait schématiser en graphique ascensionnel. Nous lions contrat et lien professionnel avec une personne qui se situe « en bas », avec des manques, des limitations, des handicaps, puis nous la conduisons vers un horizon meilleur sur une pente ascensionnelle : levée ou dépassement des freins, accès à l’emploi, accès au logement. Cet idéal de l’accompagnement conduit une personne de la marginalité vers la norme. L’accompagnant peut s’en honorer : il a bien fait son travail.</p><p>Certaines personnes arrivent à entrer peu ou prou dans ce schéma. Ceux dont Nicolas Duvoux caractérise leur rapport à l’assistance comme une « autonomie intériorisée ». Les cadres de ce schéma sont compris et intégrés, souvent parce qu’ils ont déjà été expérimentés dans une partie du parcours biographique. Une population qui entre bien dans ce schéma sont les personnes isolées migrantes. Bien que certains d’entre eux souffrent de traumas dans leur pays d’origine ou leur parcours, une grande part montre une résilience face à l’adversité. Qu’ils soient Mineurs Non Accompagnés ou jeunes adultes avec le sésame d’une protection internationale, la perspective d’une vie meilleure et d’une certaine ascension sociale les porte. C’est aussi le cas de nationaux qui demandent assistance après un « cumul d’épreuves », mais qui souhaitent retrouver un cadre hors de l’assistance. Ceux qui entrent dans la catégorie des « accidentés de la vie » selon les représentations des travailleurs sociaux. Cela veut souvent dire une projection dans l’histoire de l’autre dans le style « ça pourrait m’arriver ». Car ce schéma idéal est aussi le reflet de nos propres parcours et nos propres projections, nous qui sommes arrivés à un certain statut, une certaine place, parfois au prix d’une reconversion professionnelle.</p><p>La pertinence de cette trajectoire se pose pour tous les autres profils à partir du moment où ils ont un autre rapport à l’assistance. Dans ce cas nous ne pouvons même plus évoquer une « bifurcation biographique » car chaque imprévu met en danger le parcours de vie. Les personnes s’adaptent, adoptent des stratégies, rusent, se débrouillent et surtout arrêtent de réellement croire qu’une projection dans l’avenir est possible, même s’il y a parfois de la dénégation. Nous constatons de plus en plus une inadéquation entre ce que les personnes vivent et les objectifs visés par les institutions d’accompagnements et relayés par les travailleurs sociaux.</p><p>Une frange importante de la population se trouve en difficulté face à l’aggravation des précarités, dès lors, tout évènement imprévu provoque un choc qu’il faut pouvoir encaisser. La trajectoire de vie se construit, parfois dès l’entrée dans l’âge adulte, en trajectoire sinusoïdale. De périodes d’espoirs et de progrès se succèdent des périodes de rechutes et de doutes. Qu’est ce qui peut protéger de ces heurts ? Qu’est ce qui pourrait bien faire effet de « pare choc social » ? Les associations qui proposent un hébergement et un accompagnement social offrent cela. Un cadre sécurisant par l’attribution d’un logement moyennant une faible participation financière, un accompagnement social pour traiter plus efficacement avec les administrations, une oreille attentive pour adapter l’accompagnement aux crises que subissent les personnes. Ceux qui avant étaient vulnérables se retrouvent en partie protégés. En échange, ils doivent fournir des gages (le fameux équilibre droits/devoirs) mais plus le temps passe, plus cet équilibre est amené à se flétrir. L’issue de ces institutions est toujours la sortie du dispositif, et de plus en plus vite dans la politique du logement d’abord, des Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens et de la fameuse « fluidité des parcours ».</p><p>De ce fait, les personnes se trouvent dans un paradoxe, ils doivent abandonner volontairement ce qui est la source de leur protection face aux imprévus de la vie. Alors il y a plusieurs stratégies possible : s’accrocher à l’association en posant des actes comme le refus des propositions de logements, ou accepter d’aller vers un ailleurs qui sera moins sécurisant. Il manque d’ailleurs une enquête d’envergure sur les sortants d’institutions après deux ou trois années pour évaluer convenablement cette « vie d’après ». Nous observons en tous les cas de nombreuses personnes qui tournent entre institutions de l’hébergement, logement individuel, rue, incarcérations, hospitalisations. Comment sortir de ce cercle ?</p><p>Il me semble que la première notion importante se situe au niveau du travailleur social, qui doit relativiser sa volonté de conduire ses accompagné(e)s vers une vie meilleure à défaut d’être idéale. Surtout en fonction du public qu’il accompagne, des personnes avec des années de rue ne peuvent pas entrer dans une trajectoire ascensionnelle. Dès lors, c’est quoi réussir son accompagnement ? Comment tenir dans ce travail à l’issue aussi incertaine lorsqu’aucun résultat palpable en termes de finalité ne peut être attesté ? Il me semble que la notion de rétablissement utilisée en santé mentale et dans les dispositifs qui se revendiquent du « housing first » est une première piste possible. Cela veut dire concrètement qu’on prévoit les rechutes, que les hauts et bas de la trajectoire de vie sont intégrés et qu’une forme de stabilité est déjà une victoire pour la personne et son accompagnant.</p><p>De plus, il faudrait profondément repenser le système de l’hébergement pour garantir un filet de protection à certaines personnes tout au long de la vie. Car quel est le coût pour la société de ces éternels recommencements entre hébergement et accompagnement, puis rupture, cela dans un cycle qui semble ne jamais s’arrêter ? Au niveau politique, il faut arrêter le penser que la dépendance à l’assistance est une tare des personnes et reconnaître que pour certaines situations, ils ne peuvent pas faire autrement. L’existence des pensions de famille intègre déjà cette dimension mais il faudrait qu’elle se développe vers d’autres dispositifs, d’autres formules qui permettent d’intégrer plus de bénéficiaires. Accompagner à vie de manière personnalisée est une notion qui doit entrer dans nos esprits et faire l’objet de prise de virage des politiques sociales. Nous devons accepter que dans certains cas c&rsquo;est la meilleure solution.</p><p>Dans l’idéal et tout en sachant très bien que ceci est irréaliste, les travailleurs sociaux des hébergements institutionnels devraient être à terme rattachés aux services sociaux de secteurs. Ils apporteraient les renforts nécessaires aux populations les plus fragiles en tenant compte de l’environnement urbain. Lier de développement social local et la proximité tout en permettant une sécurisation des parcours sur un secteur, en préventif comme en curatif.</p><p>Quoi qu&rsquo;il en soit, accompagner les trajectoires sinusoïdales doit intégrer la construction professionnelle des travailleurs sociaux dès la formation. Un travail social plus engagé et militant pourrait aussi contribuer à cela en voyant l’intérêt commun des professionnels et des personnes concernées. Au niveau institutionnel, la réglementation actuelle qui pousse aux évaluations externes va plutôt dans le bon sens. De mon expérience, un certain nombre de processus inadaptés et encore en cours devraient être poussés à évoluer.</p>								</div>
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									<p><strong>Bibliographie :</strong></p><p>Nicolas Duvoux, l’autonomie des assistés, PUF, 2009, 269p</p><p>Claire Bidard, Crises, décisions et temporalités : autour des bifurcations biographiques, Cahiers internationaux de sociologie, 2006, p29-57</p><p>Christian Guinchard, Logiques du dénuement, réflexions sociologiques sur la pauvreté et le temps, L’harmattan, 2011, 215p</p>								</div>
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