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	<title>Hébergement &#8211; Logement &#8211; Le Filet Social | Olivier Kuhn</title>
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	<title>Hébergement &#8211; Logement &#8211; Le Filet Social | Olivier Kuhn</title>
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	<item>
		<title>Les deux mesures du temps dans l&#8217;accompagnement social</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/les-deux-mesures-du-temps-dans-laccompagnement-social/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Feb 2025 15:26:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement - Logement]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement]]></category>
		<category><![CDATA[Institution sociale]]></category>
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									<p id="ember1631" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Il est d&rsquo;un constat largement partagé, qui a aussi été le cœur du mémoire de Master que j&rsquo;ai écrit en 2018 : les différence de perception du temps entre les institutions et les personnes accompagnées. Le contexte est l&rsquo;accompagnement des personnes en situation de précarité et de l&rsquo;observation des rythmes imposés par l&rsquo;institution, de certains désirs projetés dans lesquels j&rsquo;ai pu moi-même tomber. L&rsquo;un des auteurs qui m&rsquo;a éclairé est Michel De Certeau et principalement son ouvrage « L&rsquo;invention du quotidien : les arts de faire ». Dans cet ouvrage qui peut paraître parfois un peu ardu, il y a une partie consacrée au temps et à sa perception. Une bonne image qu&rsquo;il en donne est l&rsquo;existence chez les grecs anciens de deux dieux qui représentent le temps. Chronos, l&rsquo;un des Titans et dieux les plus importants de la mythologie représente le temps qui passe, les jours, les heures et cela jusqu&rsquo;à la mort. Kairos lui, est le dieu du temps dans l&rsquo;instant présent, faire le bon acte au bon moment, saisir l&rsquo;opportunité. Le temps des artistes et ceux qui cherchent l&rsquo;inspiration. Ces deux représentations sont attachées à deux attitudes dans les relations sociales. Chronos est associé aux <em>stratégies. « La stratégie est le calcul ou la manipulation des rapports de forces qui devient possible à partir du moment où un sujet de vouloir et de pouvoir (une entreprise, une armée, une cité, une institution scientifique) est isolable. Elle postule un lieu susceptible d&rsquo;être circonscrit comme un propre et d&rsquo;être la base d&rsquo;où gérer les relations&#8230; » </em>En bref, c&rsquo;est le fameux cadre que propose toute institution sociale avec son lot d&rsquo;outils en commençant par le projet de service jusqu&rsquo;au règlement de fonctionnement imposé aux personnes accompagnées. Face à cela, Kairos est associé aux <em>tactiques</em>, mise en contournement des règles et normes pour obtenir un avantage bénéfique. <em>« Les tactiques sont un art du faible qui lui permet de composer avec un environnement contraint ». </em>Tout l&rsquo;objectif de la tactique est d&rsquo;attendre une « occasion » pour tenter un « coup ».</p><p id="ember1632" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Dans ce contexte, nous sommes tous peu ou prou confrontés parfois aux stratégies, parfois aux tactiques, sans forcément conscientiser les actes. Pourquoi alors cette différence est-elle si impactante pour les personnes en situation de précarité ?</p><p id="ember1633" class="ember-view reader-text-block__paragraph">La raison est à chercher dans la forme de socialisation que vivent les personnes en situation de précarité, encore plus particulièrement lorsqu&rsquo;elles fréquentent la rue. Nous sommes tous socialisés par notre entourage, nous devons nous adapter à nos milieux (familiaux, professionnels, électifs dans nos loisirs&#8230;) pour pouvoir nous y maintenir. La pratique de la survie à la rue demande l&rsquo;acquisition de compétences, dont la maitrise du Kairos est une donnée indispensable. Didier, une des personnes interrogées m&rsquo;expliquait comment certains jours de manche, il obtenait beaucoup de bénéfices. Il me racontât le jeune étudiant qui avait prévu une soirée où beaucoup s&rsquo;étaient désistés et qui lui a apporté 4 pizzas qu&rsquo;il a pu partager avec d&rsquo;autres « mecs en galère ». Et aussi les jours sans où la météo ou un mauvais contexte pouvais rendre la journée difficile. Les tactiques pour trouver un coin où dormir à l&rsquo;abri sans déranger. Celles pour récupérer des biens auprès d&rsquo;associations caritatives pour faire des trocs avec d&rsquo;autres.</p><p id="ember1634" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Cet apprentissage de la débrouille et de l&rsquo;incertitude liée à la situation interdit aux personnes de se projeter avec sérieux dans l&rsquo;avenir. Ce serait une véritable dissonance cognitive que d&rsquo;imaginer un ailleurs alors que le quotidien est composé d&rsquo;incertitudes aussi importantes, de déceptions passées et de méfiance généralisée envers les institutions. C&rsquo;est là tout le problème lors de la confrontation entre ces habitudes de vie et les rythmes très normés des institutions. Horaires, lieux permis et interdits, rapports à l&rsquo;attente, l&rsquo;institution produit autant d&rsquo;accélérations que de ralentissements. Didier m&rsquo;avait une fois dit qu&rsquo;il avait l&rsquo;impression que je le « catapultais » et en même temps certaines démarches comme l&rsquo;attribution d&rsquo;un logement demande un temps si long et imperceptible alors qu&rsquo;il est toujours énoncé en objectif. La sociologue Maryse Bresson nous précise « La démarche de projet repose sur des implicites inadaptés aux problèmes des populations. Le problème des précaires n&rsquo;est pas de manquer de projet, mais plutôt de ne pas pouvoir se conformer au modèle « normal » de cycle de vie qui implique une progression entre les âges et une progression de carrière ». Pour elle, il y a trois marqueurs de temps pour les personnes précaires : elles sont dans des <em>entre-deux </em>et des <em>attentes</em>, elles sont <em>instables</em> et voguent dans des univers <em>multi-contraints</em>.</p><p id="ember1635" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Ces constats nous invitent à plusieurs constats :</p><ul><li>La nécessité d&rsquo;aller vers des formes d&rsquo;accompagnement directement en logement, afin de réduire la pression des contraintes qui produit peu de résultats (voir les taux de retour à la rue importants en centres d&rsquo;hébergement de stabilisation)</li><li>Voir les tactiques comme des compétences et non uniquement de manière négative. Elles sont des adaptations nécessaires au vécu des personnes</li><li>Relativiser la bonne tenue de nos stratégies institutionnelles. Oui bien entendu les institutions sont soumises à évaluation et doivent rendre des comptes aux financeurs, mais la façon de rendre compte des réalités du terrain est alors à repenser. Nous avons raison de nous plaindre de la politique du chiffre, mais que proposons nous de différent pour mettre en avant le travail réalisé ?</li><li>Dans les collectifs, renoncer à l&rsquo;institution asilaire qui souhaite tout contrôler et reconnaitre la tactique en l&rsquo;inscrivant dans le quotidien tout en respectant un cadre minimal de sécurité</li></ul><p id="ember1638" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Je terminerai par cette maxime de la philosophe Simone Weil <em>« Toutes les tragédies reviennent à une seule et unique tragédie : l&rsquo;écoulement du temps ». </em>A défaut de pouvoir révolutionner nos positions respectives<em>, </em>sachons faire la moitié du chemin pour permettre aux personnes de se maintenir en faisant leur part.</p>								</div>
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									<p><strong>Bibliographie :</strong></p><p>Michel De Certeau, L&rsquo;invention du quotidien 1. arts de faire, Folio essais</p><p>Maryse Bresson, Le temps des précaires : paradoxes et enjeux dans Le temps dans les sciences sociales. Temporalités plurielles et défis de la mesure, Paris, Khartala.</p><p>Simone Weil, Leçons de philosophie, Plon</p>								</div>
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		<title>Ce que me dit le parcours exemplaire de Marcel</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/ce-que-me-dit-le-parcours-exemplaire-de-marcel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Dec 2024 15:20:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
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					<description><![CDATA[Ce n&#8217;est pas si courant en tant que travailleur social, de revoir des années après une personne que l&#8217;on a accompagné en tant que « référent » pendant un moment charnière de sa vie. Les dispositifs sont ainsi faits, les gens sont de passage et dans une grande ville, on les laisse en espérant que leur parcours [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="1196" class="elementor elementor-1196">
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									<p id="ember1025" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Ce n&rsquo;est pas si courant en tant que travailleur social, de revoir des années après une personne que l&rsquo;on a accompagné en tant que « référent » pendant un moment charnière de sa vie. Les dispositifs sont ainsi faits, les gens sont de passage et dans une grande ville, on les laisse en espérant que leur parcours se poursuit sans trop de heurts.</p><p id="ember1026" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Marcel (qui est un nom factice évidemment) avait une place particulière puisqu&rsquo;en plus d&rsquo;être une personne accompagnée en « hébergement de stabilisation », il avait contribué à mon mémoire de master de sociologie et intervention sociale écrit en 2018. Dans ce travail, onze personnes interrogées par entretiens semi-directifs étaient d&rsquo;anciens hébergés accompagnés par des collègues et sortis une année auparavant. Trois autres personnes étaient accompagnées par moi et avec leur accord, j&rsquo;ai intégré de nombreux échanges et les « point tournants » de leurs parcours, mêlant biographie et « participation observante ». Marcel faisait partie de ces trois contributeurs.</p><p id="ember1027" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Pour faire un bref résumé, il est issu d&rsquo;une famille alsacienne sans soucis majeurs, mais des mésententes et conflits l&rsquo;ont conduit à une séparation avec eux lors de l&rsquo;entrée à l&rsquo;âge adulte. Il choisit de quitter le cocon et aussi la région. Il partit en Nouvelle Calédonie et là-bas, rencontra et épousa une femme de la communauté kanake avec qui il a eu deux enfants (âgés à l&rsquo;époque de 15 et 12 ans). La rupture intervient en 2016 à la suite d&rsquo;une incarcération et des conflits récurrents avec le clan de son épouse à propos du devenir des enfants. Il est contraint de quitter l&rsquo;île et de revenir en métropole, à Strasbourg, où une tante l&rsquo;accueille temporairement. Il souffre d&rsquo;une maladie psychique que je ne saurai pas classifier et dont je ne sais pas non plus depuis quand elle l&rsquo;affecte. Mais ces éléments, bien qu&rsquo;explicatifs des problèmes que vivait Marcel, n&rsquo;ont pas été centraux pour la thématique de mon mémoire.</p><p id="ember1028" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Quoi qu&rsquo;il en soit, mon organisation a proposé à Marcel une place dans une unité qu&rsquo;une résidence Adoma nous avait mis à disposition. Une petite chambre de 10m², des sanitaires et espaces de douches ainsi que la cuisine à partager avec 16 autres hommes. Le bâtiment était ancien et pas encore rénové. L&rsquo;environnement et la promiscuité ont certainement été des freins pour une évolution plus adaptée de sa situation. Du fait d&rsquo;une inconstance dans la prise de ses traitements, j&rsquo;ai assisté à des phases de crises aigües, des débordements émotionnels de colère ou de tristesse, des échanges verbaux parfois incohérents. Pourtant, du fait de partenariats avec les services de psychiatrie, d&rsquo;un gros travail relationnel pour laisser ses expressions débordantes pour ce qu&rsquo;elles sont, d&rsquo;un investissement sans faille pour que Marcel puisse bénéficier d&rsquo;un meilleur environnement, il finit par trouver un logement chez un bailleur social un an et demi plus tard. Après une phase de tuilage assez rapide le temps de l&rsquo;accompagner dans l&rsquo;ouverture de ses droits, c&rsquo;était le moment de lui dire au revoir et bonne route, comme tant d&rsquo;autres avant et après lui.</p><p id="ember1029" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Comme beaucoup d&rsquo;autres personnes accompagnées pendant ces quinze ans de carrière, il m&rsquo;arrivait parfois de penser à lui. D&rsquo;avantage certains « suivis » que d&rsquo;autres, lorsque le lien d&rsquo;accompagnement a demandé une adaptation de la posture professionnelle. J&rsquo;ai aussi ce sentiment d&rsquo;avoir autant appris des personnes qu&rsquo;eux ont bénéficiées de mon travail. Dans le cas de Marcel, je me souviens notamment de ces nombreux échanges à propos de son pays d&rsquo;adoption, île au contexte au combien atypique. Je mesurais et lui reflétait combien cela montrait une grande force de s&rsquo;intégrer dans une terre lointaine, au milieu d&rsquo;une communauté autochtone, surtout lorsqu&rsquo;on vient du pays colonisateur. J&rsquo;ai notamment pensé à lui pendant le covid, s&rsquo;il était toujours dans le même appartement, sous les combles au sixième étage dans un vieil immeuble, si sa tante, seul lien familial encore intacte était toujours là pour le soutenir.</p><p id="ember1030" class="ember-view reader-text-block__paragraph">J&rsquo;ai eu plaisir à revoir Marcel lors de l&rsquo;hommage annuel rendu par l&rsquo;association « les morts de la rue » le 1er novembre dernier. Il était venu car une connaissance était décédée dans l&rsquo;année. Lors de cet échange, j&rsquo;appris que Marcel était toujours dans son logement, que ses enfants lui manquent toujours mais qu&rsquo;il garde des liens grâce à Internet. Il s&rsquo;est reconstruit une vie autour de ce lieu. Pas trop éloigné d&rsquo;une association locale qui dispose d&rsquo;un restaurant social, il s&rsquo;y rends tous les jours pour bénéficier des repas à prix réduits et des liens sociaux du lieu. Il se rends au CMP se son secteur où l&rsquo;assistante sociale l&rsquo;aide pour les démarches administratives comme son entrée prochaine dans les droits de la retraite.</p><p id="ember1031" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Ce parcours m&rsquo;inspire plusieurs réflexions, le première est que pour des situations comme celle-ci, le logement d&rsquo;abord est une solution adaptée. Bénéficiaire de l&rsquo;AAH du fait de sa maladie psychique, si les dispositifs avaient existé à l&rsquo;époque (et avec de la place au moment de sa demande) cela aurait évité certaines crises qui auraient pu le mettre en danger. (Je me souviens notamment de cet épisode où il prenait des risques importants en moto alors qu&rsquo;il n&rsquo;était pas du tout stabilisé par son traitement). Il faut penser l&rsquo;accompagnement autour d&rsquo;un environnement, comme Marcel a su le faire, avec les lieux de socialisation, les lieux d&rsquo;accompagnement.</p><p id="ember1032" class="ember-view reader-text-block__paragraph">Ma deuxième réflexion est à propos des compétences des personnes. Bien que j&rsquo;ai toujours pris conscience que les personnes que j&rsquo;accompagne ont des compétences, je me rends compte que je garde un fonctionnement un peu paternaliste. Comme si mon travail ou celui d&rsquo;un autre professionnel du social leur était absolument indispensable pour trouver une stabilité. Si je peux me réjouir d&rsquo;avoir contribué au parcours exemplaire de Marcel, son histoire m&rsquo;invite à l&rsquo;humilité. Au final, ne devons-nous pas complètement nous détacher de l&rsquo;idée de « réussite » ? Son savoir expérienciel n&rsquo;a t&rsquo;il pas été plus important que mon action dans la relative stabilité de sa trajectoire de vie ?</p>								</div>
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		<title>Accompagner en sinusoïde</title>
		<link>https://lefiletsocial.fr/accompagner-en-sinusoide/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Oct 2024 17:40:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyse de pratiques professionnelles]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement - Logement]]></category>
		<category><![CDATA[Accompagnement]]></category>
		<category><![CDATA[Autonomie]]></category>
		<category><![CDATA[Hébergement]]></category>
		<category><![CDATA[Jeunes adultes]]></category>
		<category><![CDATA[Logement]]></category>
		<category><![CDATA[Mineurs non accompagnés]]></category>
		<category><![CDATA[Travailleur social]]></category>
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					<description><![CDATA[Je n’ai jamais été bon en maths, certainement une des raisons qui m’a conduit au travail social. Mais je me souviens de cette fin de troisième où on utilisait tout le potentiel de notre calculatrice graphique. Il y avait les belles courbes qui montaient ou descendaient. Puis plus tard, il y eut les sinusoïdes&#8230; Le [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="644" class="elementor elementor-644">
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									<p>Je n’ai jamais été bon en maths, certainement une des raisons qui m’a conduit au travail social. Mais je me souviens de cette fin de troisième où on utilisait tout le potentiel de notre calculatrice graphique. Il y avait les belles courbes qui montaient ou descendaient. Puis plus tard, il y eut les sinusoïdes&#8230;</p><p>Le travail social dans la réinsertion des populations exclues a adopté depuis toujours un accompagnement qu’on pourrait schématiser en graphique ascensionnel. Nous lions contrat et lien professionnel avec une personne qui se situe « en bas », avec des manques, des limitations, des handicaps, puis nous la conduisons vers un horizon meilleur sur une pente ascensionnelle : levée ou dépassement des freins, accès à l’emploi, accès au logement. Cet idéal de l’accompagnement conduit une personne de la marginalité vers la norme. L’accompagnant peut s’en honorer : il a bien fait son travail.</p><p>Certaines personnes arrivent à entrer peu ou prou dans ce schéma. Ceux dont Nicolas Duvoux caractérise leur rapport à l’assistance comme une « autonomie intériorisée ». Les cadres de ce schéma sont compris et intégrés, souvent parce qu’ils ont déjà été expérimentés dans une partie du parcours biographique. Une population qui entre bien dans ce schéma sont les personnes isolées migrantes. Bien que certains d’entre eux souffrent de traumas dans leur pays d’origine ou leur parcours, une grande part montre une résilience face à l’adversité. Qu’ils soient Mineurs Non Accompagnés ou jeunes adultes avec le sésame d’une protection internationale, la perspective d’une vie meilleure et d’une certaine ascension sociale les porte. C’est aussi le cas de nationaux qui demandent assistance après un « cumul d’épreuves », mais qui souhaitent retrouver un cadre hors de l’assistance. Ceux qui entrent dans la catégorie des « accidentés de la vie » selon les représentations des travailleurs sociaux. Cela veut souvent dire une projection dans l’histoire de l’autre dans le style « ça pourrait m’arriver ». Car ce schéma idéal est aussi le reflet de nos propres parcours et nos propres projections, nous qui sommes arrivés à un certain statut, une certaine place, parfois au prix d’une reconversion professionnelle.</p><p>La pertinence de cette trajectoire se pose pour tous les autres profils à partir du moment où ils ont un autre rapport à l’assistance. Dans ce cas nous ne pouvons même plus évoquer une « bifurcation biographique » car chaque imprévu met en danger le parcours de vie. Les personnes s’adaptent, adoptent des stratégies, rusent, se débrouillent et surtout arrêtent de réellement croire qu’une projection dans l’avenir est possible, même s’il y a parfois de la dénégation. Nous constatons de plus en plus une inadéquation entre ce que les personnes vivent et les objectifs visés par les institutions d’accompagnements et relayés par les travailleurs sociaux.</p><p>Une frange importante de la population se trouve en difficulté face à l’aggravation des précarités, dès lors, tout évènement imprévu provoque un choc qu’il faut pouvoir encaisser. La trajectoire de vie se construit, parfois dès l’entrée dans l’âge adulte, en trajectoire sinusoïdale. De périodes d’espoirs et de progrès se succèdent des périodes de rechutes et de doutes. Qu’est ce qui peut protéger de ces heurts ? Qu’est ce qui pourrait bien faire effet de « pare choc social » ? Les associations qui proposent un hébergement et un accompagnement social offrent cela. Un cadre sécurisant par l’attribution d’un logement moyennant une faible participation financière, un accompagnement social pour traiter plus efficacement avec les administrations, une oreille attentive pour adapter l’accompagnement aux crises que subissent les personnes. Ceux qui avant étaient vulnérables se retrouvent en partie protégés. En échange, ils doivent fournir des gages (le fameux équilibre droits/devoirs) mais plus le temps passe, plus cet équilibre est amené à se flétrir. L’issue de ces institutions est toujours la sortie du dispositif, et de plus en plus vite dans la politique du logement d’abord, des Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens et de la fameuse « fluidité des parcours ».</p><p>De ce fait, les personnes se trouvent dans un paradoxe, ils doivent abandonner volontairement ce qui est la source de leur protection face aux imprévus de la vie. Alors il y a plusieurs stratégies possible : s’accrocher à l’association en posant des actes comme le refus des propositions de logements, ou accepter d’aller vers un ailleurs qui sera moins sécurisant. Il manque d’ailleurs une enquête d’envergure sur les sortants d’institutions après deux ou trois années pour évaluer convenablement cette « vie d’après ». Nous observons en tous les cas de nombreuses personnes qui tournent entre institutions de l’hébergement, logement individuel, rue, incarcérations, hospitalisations. Comment sortir de ce cercle ?</p><p>Il me semble que la première notion importante se situe au niveau du travailleur social, qui doit relativiser sa volonté de conduire ses accompagné(e)s vers une vie meilleure à défaut d’être idéale. Surtout en fonction du public qu’il accompagne, des personnes avec des années de rue ne peuvent pas entrer dans une trajectoire ascensionnelle. Dès lors, c’est quoi réussir son accompagnement ? Comment tenir dans ce travail à l’issue aussi incertaine lorsqu’aucun résultat palpable en termes de finalité ne peut être attesté ? Il me semble que la notion de rétablissement utilisée en santé mentale et dans les dispositifs qui se revendiquent du « housing first » est une première piste possible. Cela veut dire concrètement qu’on prévoit les rechutes, que les hauts et bas de la trajectoire de vie sont intégrés et qu’une forme de stabilité est déjà une victoire pour la personne et son accompagnant.</p><p>De plus, il faudrait profondément repenser le système de l’hébergement pour garantir un filet de protection à certaines personnes tout au long de la vie. Car quel est le coût pour la société de ces éternels recommencements entre hébergement et accompagnement, puis rupture, cela dans un cycle qui semble ne jamais s’arrêter ? Au niveau politique, il faut arrêter le penser que la dépendance à l’assistance est une tare des personnes et reconnaître que pour certaines situations, ils ne peuvent pas faire autrement. L’existence des pensions de famille intègre déjà cette dimension mais il faudrait qu’elle se développe vers d’autres dispositifs, d’autres formules qui permettent d’intégrer plus de bénéficiaires. Accompagner à vie de manière personnalisée est une notion qui doit entrer dans nos esprits et faire l’objet de prise de virage des politiques sociales. Nous devons accepter que dans certains cas c&rsquo;est la meilleure solution.</p><p>Dans l’idéal et tout en sachant très bien que ceci est irréaliste, les travailleurs sociaux des hébergements institutionnels devraient être à terme rattachés aux services sociaux de secteurs. Ils apporteraient les renforts nécessaires aux populations les plus fragiles en tenant compte de l’environnement urbain. Lier de développement social local et la proximité tout en permettant une sécurisation des parcours sur un secteur, en préventif comme en curatif.</p><p>Quoi qu&rsquo;il en soit, accompagner les trajectoires sinusoïdales doit intégrer la construction professionnelle des travailleurs sociaux dès la formation. Un travail social plus engagé et militant pourrait aussi contribuer à cela en voyant l’intérêt commun des professionnels et des personnes concernées. Au niveau institutionnel, la réglementation actuelle qui pousse aux évaluations externes va plutôt dans le bon sens. De mon expérience, un certain nombre de processus inadaptés et encore en cours devraient être poussés à évoluer.</p>								</div>
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									<p><strong>Bibliographie :</strong></p><p>Nicolas Duvoux, l’autonomie des assistés, PUF, 2009, 269p</p><p>Claire Bidard, Crises, décisions et temporalités : autour des bifurcations biographiques, Cahiers internationaux de sociologie, 2006, p29-57</p><p>Christian Guinchard, Logiques du dénuement, réflexions sociologiques sur la pauvreté et le temps, L’harmattan, 2011, 215p</p>								</div>
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